Les Nations unies ont lancé un appel pressant à la communauté internationale pour qu'elle se prépare au retour d'El Niño, un phénomène météorologique cyclique qui devrait se manifester dans les mois à venir. L'Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué qu'il existe 80 % de chances que le phénomène se forme avant le mois de septembre et 90 % de probabilités qu'il persiste jusqu'en novembre. D'après les modèles, cet épisode pourrait être d'intensité au moins modérée, et potentiellement forte.

Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a exhorté à considérer cette perspective comme un signal d'alarme climatique. Il a déclaré que les conditions liées à El Niño « attiseront les flammes d'un monde qui se réchauffe », ajoutant que leurs effets « frapperont plus durement, voyageront plus loin et traverseront les frontières avec une vitesse dévastatrice ».

Ce phénomène naturel, qui survient tous les deux à sept ans, se déclenche lorsque les alizés s'affaiblissent sur le Pacifique tropical, permettant à l'eau chaude de s'accumuler. La zone de réchauffement, comparable en superficie au territoire des États-Unis, provoque des bouleversements atmosphériques en chaîne. Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA, a expliqué qu'en modifiant l'atmosphère tropicale, le phénomène affecte ensuite les latitudes moyennes, ce qui explique son influence planétaire.

Les répercussions varient fortement selon les régions. Certaines zones, comme une partie de l'Amérique centrale, l'Asie, l'Afrique et l'Australie, connaissent généralement une hausse des températures et une aggravation des sécheresses. Cela peut entraîner des pénuries d'eau, affecter l'agriculture, la production hydroélectrique et l'approvisionnement en eau potable. Au Honduras, les autorités estiment qu'environ 75 municipalités pourraient être confrontées à une sévère sécheresse, et la capitale, Tegucigalpa, a déjà décrété une urgence hydrique. À l'inverse, le long de la côte pacifique de l'Amérique du Sud, El Niño peut apporter des pluies torrentielles et des inondations destructrices.

Les conséquences économiques et humanitaires peuvent être durables. Lors de l'épisode El Niño de 2015-2016, de mauvaises récoltes avaient laissé des millions de personnes dans le besoin d'aide alimentaire à travers le monde. Les scientifiques alertent également sur le risque accru de feux de forêt, en raison des conditions de chaleur extrême et de sécheresse favorisées par le phénomène. L'Australie, le Canada, les États-Unis et la forêt amazonienne sont particulièrement exposés à ce danger. Paul Roundy, professeur à l'Université d'État de New York à Albany, a évoqué la possibilité qu'il s'agisse du « plus fort épisode El Niño depuis 140 ans ».

L'Asie est l'une des régions les plus vulnérables. L'intensification des vagues de chaleur et des sécheresses devrait mettre à rude épreuve les réseaux électriques, les ressources en eau et la production agricole. En Inde, où une canicule sévit déjà, un El Niño pourrait affaiblir la mousson, ce qui aggraverait les difficultés. D'autres parties du continent, comme la Chine, pourraient faire face à des précipitations excessives. Les experts soulignent que cette menace intervient dans un contexte de changement climatique d'origine humaine, qui pourrait amplifier les impacts du phénomène naturel.

La communauté scientifique insiste sur la nécessité d'une préparation urgente. La conjonction d'El Niño et du réchauffement climatique risque de produire des extrêmes météorologiques inédits, touchant des populations déjà vulnérables et perturbant les équilibres régionaux.