L’Union européenne s’apprête à franchir une nouvelle étape significative dans le processus d’adhésion de l’Ukraine. Les représentants permanents des Vingt-Sept ont ouvert la voie, mercredi soir, à l’entame du premier « cluster » de négociations, lequel porte sur les fondamentaux : système judiciaire, état de droit et libertés publiques. Cette décision fait suite à la levée du veto que Budapest opposait depuis plusieurs mois, après un accord bilatéral entre Kiev et la Hongrie au sujet des droits de la minorité magyare vivant en Ukraine.

La présidence chypriote du Conseil de l’UE a salué une « étape importante sur leur chemin d’intégration européenne », en incluant également la Moldavie dans ce mouvement. Chisinau, bien que non concerné par le blocage hongrois, voit ses propres discussions avancer de concert avec celles de l’Ukraine, les deux dossiers ayant été politiquement couplés dès le départ.

Un calendrier désormais fixé

Selon les informations disponibles, des arrangements techniques doivent être finalisés dans les prochains jours. Deux conférences intergouvernementales devraient se tenir le 15 juin à Luxembourg pour officialiser l’ouverture du cluster 1. Ce premier groupe thématique est considéré comme le plus exigeant, car il conditionne la crédibilité des réformes structurelles du candidat. Pour accéder à l’UE, un pays doit ouvrir et refermer avec succès six clusters, comprenant au total 33 chapitres de l’acquis communautaire.

Le changement politique à Budapest a débloqué la situation

Le précédent premier ministre hongrois, Viktor Orban, s’était abstenu lors du sommet de décembre 2023 qui avait donné le feu vert aux négociations, puis avait systématiquement bloqué l’ouverture formelle des clusters. Son départ du pouvoir en avril, remplacé par Péter Magyar, a radicalement modifié la donne. Le nouveau dirigeant a négocié un « accord historique » avec Kiev sur la protection de la minorité hongroise, mettant fin à une pomme de discorde qui empoisonnait les relations bilatérales depuis des années. Budapest a ensuite indiqué qu’elle lèverait son veto, ouvrant ainsi la voie à la décision de mercredi.

Un long chemin semé d’obstacles

Malgré cette avancée, l’adhésion pleine et entière de l’Ukraine reste lointaine. Le pays, en guerre contre la Russie depuis février 2022, est l’un des plus peuplés d’Europe et possède une production agricole massive qui inquiète les agriculteurs des États voisins. Réunis fin avril à Chypre, les dirigeants européens avaient tempéré les espoirs d’une intégration rapide. Le chancelier allemand avait notamment déclaré qu’« une adhésion immédiate de l’Ukraine à l’UE n’est bien sûr pas possible ». Son prédécesseur, Friedrich Merz, avait suggéré en mai un statut de membre associé plutôt qu’une adhésion de plein droit.

Pour Kiev, l’adhésion à l’Union représenterait une garantie de sécurité majeure grâce à la clause d’assistance mutuelle (article 42-7 du traité) et un signal d’espoir fort pour sa population. Mais les Vingt-Sept restent divisés sur le rythme et les modalités de l’élargissement.

Un effet d’entraînement pour les Balkans occidentaux

La levée du veto hongrois et l’avancée du dossier ukrainien ont également des répercussions sur les candidats des Balkans occidentaux, dont certains patientent depuis vingt ans. Un sommet UE-Balkans est prévu le 5 juin à Tivat, au Monténégro, pour tenter de redynamiser les négociations. Le Monténégro, qui espère rejoindre l’Union dès 2028, et l’Albanie sont considérés comme les plus avancés. Le nouveau contexte politique pourrait donner un coup d’accélérateur à des processus longtemps atones.