Les négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'Union européenne franchissent une étape décisive. Les représentants permanents des États membres ont donné leur accord de principe, mercredi soir, à l'ouverture du premier groupe de chapitres thématiques, appelé « cluster ». Cette décision fait suite à la levée du veto hongrois, condition sine qua non pour pouvoir progresser.
Le blocage persistait depuis décembre 2023, lorsque les chefs d'État et de gouvernement avaient donné leur feu vert politique à l'ouverture des pourparlers. Le Premier ministre hongrois de l'époque, Viktor Orbán, s'était abstenu lors de ce sommet et avait ensuite empêché toute avancée concrète en s'opposant à l'ouverture des clusters, pourtant nécessaires à l'harmonisation de la législation ukrainienne avec l'acquis communautaire. L'unanimité des Vingt-Sept est en effet requise à chaque étape.
Un changement politique à Budapest débloque la situation
L'arrivée au pouvoir de Péter Magyar en avril, après une alternance historique en Hongrie, a totalement redessiné le paysage. Le nouveau dirigeant hongrois a négocié avec Kiev un « accord historique » portant sur les droits de la minorité magyare vivant en Ukraine, une pomme de discorde bilatérale depuis des années. En obtenant ces garanties, Budapest a accepté de lever son opposition.
Ce revirement a permis aux ambassadeurs des Vingt-Sept de valider, en comité des représentants permanents, le lancement des discussions avec l'Ukraine et la Moldavie. « C'est une étape importante sur leur chemin d'intégration européenne », a indiqué un responsable de la présidence chypriote du Conseil de l'Union. Le dossier moldave, bien que moins complexe, était politiquement lié à celui de Kiev depuis le début.
Premier cluster sur les « fondamentaux »
Concrètement, après quelques ajustements techniques dans les prochains jours, deux conférences intergouvernementales devraient se tenir le 15 juin à Luxembourg pour officialiser l'ouverture du premier cluster. Celui-ci est consacré aux « fondamentaux » : le système judiciaire, l'état de droit et les libertés publiques. Pour adhérer à l'UE, un candidat doit ouvrir et refermer avec succès six clusters, regroupant au total trente-trois chapitres.
Le chemin reste néanmoins long pour l'Ukraine, qui vit sa cinquième année de guerre contre la Russie. Le pays, plus peuplé que la Pologne et doté d'une agriculture très compétitive, suscite des craintes chez certains États membres, notamment les agriculteurs des pays voisins. Lors d'un sommet informel fin avril à Chypre, les dirigeants européens avaient tempéré les ardeurs du président Volodymyr Zelensky, en rappelant qu'une adhésion immédiate n'était pas envisageable.
Les propositions de Berlin et l'effet d'entraînement sur les Balkans
Le chancelier allemand Friedrich Merz a suggéré en mai un statut de « membre associé » pour Kiev, alternative à une adhésion de plein droit. Pour l'Ukraine, l'intégration à l'UE représenterait une garantie de sécurité majeure via la clause d'assistance mutuelle du traité (article 42-7), tout en envoyant un puissant message d'espoir à sa population.
Par ailleurs, la levée du blocage hongrois relance les espoirs des pays des Balkans occidentaux, qui patientent parfois depuis vingt ans dans l'antichambre de l'Union. Un sommet UE-Balkans est prévu le 5 juin à Tivat, au Monténégro, pour tenter d'accélérer les procédures, en particulier pour l'Albanie et le Monténégro lui-même, qui ambitionne de rejoindre l'UE dès 2028.