L’exécutif européen serait sur le point d’assouplir les obligations de contrôle des émissions de méthane applicables aux fournisseurs de gaz, selon des informations concordantes. Cette inflexion, justifiée par des impératifs de sécurité énergétique, intervient alors que le Vieux Continent cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement après la réduction des livraisons russes.
Le méthane, principal composant du gaz naturel, est un puissant gaz à effet de serre. Sa régulation est au cœur des engagements climatiques de l’Union, qui s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction de ses émissions nettes. Le durcissement des normes visait à contraindre les producteurs étrangers à limiter les fuites lors de l’extraction et du transport.
Des mesures de flexibilité en préparation
Les nouvelles dispositions prévues par la Commission européenne viseraient à assouplir certaines exigences de vérification pour les importations en provenance de pays tiers. L’objectif affiché serait de ne pas pénaliser l’approvisionnement en gaz liquéfié, notamment celui en provenance des États-Unis et du Qatar, devenus des fournisseurs clés. Plusieurs États membres, soucieux de préserver leur compétitivité industrielle et d’éviter des pénuries, auraient plaidé en faveur de cette flexibilité.
Ce changement de cap suscite des critiques de la part des organisations environnementales. Ces dernières estiment que l’assouplissement risque d’encourager des pratiques opaques et de freiner la réduction des émissions mondiales de méthane, un levier pourtant considéré comme essentiel pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris. Les associations appellent à maintenir des standards exigeants, y compris pour les produits importés.
Un équilibre délicat entre climat et approvisionnement
La décision intervient dans un contexte de tensions sur les marchés de l’énergie. La guerre en Ukraine a profondément modifié la donne énergétique européenne, poussant les Vingt-Sept à réduire leur dépendance au gaz russe. Cette recherche de nouvelles sources d’approvisionnement s’est accompagnée d’une hausse des importations de gaz naturel liquéfié (GNL), dont la production et le transport sont souvent associés à des fuites de méthane plus importantes que pour le gaz livré par gazoduc.
Les discussions au sein des institutions européennes reflètent cette tension entre urgence climatique et sécurité énergétique. Plusieurs parlementaires européens ont exprimé leurs inquiétudes quant à un affaiblissement perçu des règles, tandis que d’autres estiment que des mesures trop strictes pourraient nuire à la compétitivité de l’industrie européenne et à la diversification nécessaire des approvisionnements.
Quelles conséquences pour la régulation ?
Si la réforme est adoptée, elle pourrait se traduire par un allongement des délais accordés aux importateurs pour se conformer aux obligations de déclaration et de réparation des fuites. La Commission pourrait également proposer des mécanismes de reconnaissance des certifications étrangères, permettant aux producteurs de prouver leurs efforts sans passer par un audit européen systématique.
Cette orientation marque une évolution par rapport à la position initiale de Bruxelles, qui avait fait de la lutte contre les émissions de méthane un pilier de son Pacte vert. L’enjeu est désormais de concilier la construction de nouvelles infrastructures gazières – nécessaires pour accueillir le GNL – avec le respect des engagements climatiques. Le compromis final, attendu dans les prochains mois, sera observé de près tant par les industriels que par les défenseurs de l’environnement.