L’Union européenne pourrait prochainement revoir à la baisse plusieurs des dispositions de son cadre réglementaire sur le méthane, au nom de la sécurisation de ses approvisionnements en gaz. Ce virage intervient dans un contexte de fortes pressions sur le marché de l’énergie et de volonté affichée de réduire la dépendance vis-à-vis de certains fournisseurs.

Les contours d’un assouplissement en préparation

Selon des informations recueillies à Bruxelles, la Commission européenne travaillerait à un texte modifiant les obligations imposées aux importateurs de gaz fossile. L’objectif serait d’assouplir les conditions de certification des fournisseurs étrangers en matière de fuites de méthane, tout en maintenant un cap climatique global.

Le méthane est un gaz à effet de serre dont le potentiel de réchauffement est environ 80 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur une période de vingt ans. L’UE avait adopté en 2024 un règlement pionnier visant à mesurer, déclarer et réduire les émissions de méthane tout au long de la chaîne d’approvisionnement — de la production au transport jusqu’à la distribution. Ce texte prévoyait notamment des seuils stricts pour les importations de gaz, considérant que les fuites sur les sites d’extraction étaient souvent très élevées dans certains pays producteurs.

Sécurité énergétique versus ambition climatique

L’assouplissement envisagé répond à une double préoccupation. D’une part, les prix du gaz restent élevés et volatils, et plusieurs États membres jugent prioritaire de pouvoir recourir à un éventail plus large de fournisseurs. D’autre part, la guerre en Ukraine et la réduction drastique des livraisons russes par gazoduc ont accéléré la quête de sources alternatives, notamment via le gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis, du Qatar ou encore de pays africains.

Les partisans de ce réexamen estiment que des normes trop contraignantes pourraient dissuader certains exportateurs de collaborer avec le marché européen, limitant de fait la capacité de l’UE à assurer sa sécurité énergétique. À l’inverse, les organisations environnementales dénoncent un recul climatique majeur : elles soulignent que réduire les fuites de méthane est l’un des leviers les plus rapides et les moins coûteux pour atténuer le réchauffement planétaire à court terme.

Un équilibre délicat entre coopération et sanctions

Le futur dispositif reposerait sur un système de « conformité présumée » : plutôt que d’imposer des contrôles systématiques, Bruxelles accepterait que des pays tiers prouvent par eux-mêmes le respect de standards équivalents. Ce mécanisme, comparable à celui déjà utilisé pour d’autres réglementations environnementales, vise à faciliter les échanges tout en évitant des mesures de rétorsion.

Toutefois, les négociations s’annoncent tendues entre les Vingt-Sept. Plusieurs capitales, dont Paris et Berlin, insistent pour que tout assouplissement reste conditionné à des garanties mesurables et vérifiables. D’autres, davantage exposés à la flambée des prix, plaident pour une flexibilité maximale.

Quelles conséquences pour le climat ?

Les émissions de méthane liées au secteur énergétique représentent environ un tiers des émissions mondiales de ce gaz. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a rappelé à plusieurs reprises qu’une réduction rapide des fuites de méthane est indispensable pour rester sous le seuil de 1,5 °C de réchauffement.

Un rapport technique interne à la Commission, dont l’existence a été confirmée par plusieurs sources, estime que l’abaissement des seuils d’importation pourrait entraîner une hausse cumulée des rejets de méthane de l’ordre de 5 à 10 % d’ici à 2030 par rapport à la trajectoire fixée par le règlement initial. Ce chiffre est contesté par les industriels du gaz, qui assurent que l’innovation technologique et les partenariats bilatéraux permettront de compenser tout assouplissement réglementaire.

Prochaines étapes

La proposition de la Commission est attendue pour la fin de l’été. Elle devra ensuite être négociée entre le Parlement européen et le Conseil de l’UE, un processus qui pourrait prendre plusieurs mois. En parallèle, Bruxelles a engagé des discussions techniques avec les principaux exportateurs de GNL pour tenter d’obtenir des engagements volontaires de réduction des fuites.

Alors que la COP de l’année prochaine se tiendra dans un pays producteur d’hydrocarbures, l’issue de ce dossier sera scrutée de près par les observateurs internationaux. Elle constituera un test de la crédibilité climatique de l’UE face à ses propres engagements et à ses partenaires mondiaux.