Une hausse historique malgré l’absence du gouverneur
La Banque du Japon (BoJ) a annoncé une augmentation de son taux directeur de 0,75 % à 1 %, un seuil qui n’avait plus été atteint depuis 1995, soit trente et un ans. Cette décision, intervenue mardi, a été prise lors d’une réunion de politique monétaire marquée par l’absence du gouverneur Kazuo Ueda, hospitalisé pour le traitement d’un kyste infecté au foie. Le gouverneur, qui s’était exprimé précédemment en faveur d’un resserrement, n’a donc pas pu assister aux délibérations.
Cette hausse, la deuxième depuis l’arrivée au pouvoir de la Première ministre Sanae Takaichi, était largement anticipée par les observateurs. Dès la fin mai, un ancien membre du conseil d’administration de la BoJ avait estimé qu’un relèvement en juin était probable. Des sources proches du dossier avaient également indiqué que les responsables de la banque centrale envisageaient une augmentation d’un quart de point de pourcentage et n’excluaient pas un nouveau tour de vis d’ici la fin de l’année.
Le spectre de l’inflation énergétique
La décision de Tokyo s’inscrit dans un contexte de forte hausse des prix de l’énergie. Le conflit en Iran a provoqué une flambée du coût du pétrole et du gaz, frappant durement des pays fortement dépendants des importations en provenance du Moyen-Orient, comme le Japon. En mai, les prix de gros au Japon ont bondi de plus de 6 % sur un an, leur rythme le plus rapide en trois ans.
Bien que l’inflation globale au Japon reste modérée — elle s’établissait à 1,4 % en avril, sous l’objectif de 2 % fixé par la BoJ — la banque centrale a choisi d’agir de manière préventive. Comme l’a résumé un économiste spécialiste du Japon, « après vingt ans de déflation, le Japon se trouve désormais dans un cycle inflationniste ». Pour lui, « la politique monétaire d’urgence et de crise n’est plus nécessaire et la BoJ souhaite revenir à une politique monétaire normale ».
Un rééquilibrage progressif et un yen sous pression
Ce relèvement s’inscrit dans un processus de normalisation amorcé en mars 2024, date de la première hausse des taux en dix-sept ans. La BoJ a également indiqué son intention de mettre fin à la réduction de ses achats d’obligations, un autre signe de sa volonté de sortir des mesures de soutien exceptionnelles.
Par ailleurs, la faiblesse du yen, pénalisé par la vigueur du dollar américain et de l’euro, a pesé dans la balance. « Il y a le sentiment que le yen est trop bon marché et que relever les taux ne nuira pas », a expliqué une professeure à l’Université de Californie à San Diego. Selon elle, cette décision pourrait également être le signe d’un « lent réalignement global » des politiques monétaires.
Un dilemme économique persistant
Malgré cette hausse, le taux directeur japonais reste très inférieur à ceux des autres grandes économies. Les États-Unis et le Royaume-Uni, par exemple, affichent des taux supérieurs à 3 %. La BoJ est confrontée à un exercice d’équilibriste : augmenter les taux peut freiner l’inflation, mais rend aussi le crédit plus coûteux pour les entreprises et l’État.
La Première ministre, traditionnellement favorable à une politique de relance budgétaire, s’était montrée réticente à l’idée de relever les taux, même si elle n’a pas publiquement critiqué la décision de la banque centrale depuis son entrée en fonction. Les investisseurs et analystes anticipent désormais la possibilité d’une nouvelle hausse en octobre, en fonction de l’évolution des prix et de la conjoncture économique.