La Banque du Japon a annoncé une hausse de son taux d'intérêt directeur, le portant à 1 %, un niveau jamais atteint depuis 31 ans. Cette décision, officialisée mardi, traduit la volonté de l'institution de prévenir une envolée des prix alimentée par la flambée des coûts énergétiques, alors que le conflit au Moyen-Orient perturbe les approvisionnements en hydrocarbures.

L'établissement monétaire a justifié ce resserrement monétaire par les risques inflationnistes liés à l'augmentation du prix du pétrole brut. Dans son communiqué, la banque centrale a indiqué qu'elle poursuivrait le relèvement des taux en fonction de l'évolution des prix et de la conjoncture économique.

Un contexte international tendu

Cette hausse s'inscrit dans un mouvement plus large des grandes banques centrales mondiales, qui cherchent à anticiper un choc inflationniste similaire à celui de 2022, provoqué par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. À l'époque, la Banque centrale européenne avait tardé à réagir, qualifiant l'inflation de « transitoire », avant que celle-ci ne dépasse les 10 % dans la zone euro. Les autorités monétaires ont tiré les leçons de cet épisode et agissent désormais de manière préventive.

Le Japon, comme une grande partie de la planète, redoute une flambée des prix du pétrole, du gaz et d'autres matières premières en raison de la fermeture du détroit d'Ormuz. Un accord entre les États-Unis et l'Iran visant à rouvrir cette voie maritime cruciale devrait apporter un certain soulagement. Néanmoins, les économistes anticipent que les tensions liées au conflit se répercuteront dans les données de prix japonaises dès ce mois-ci, et que les perturbations des chaînes d'approvisionnement ainsi qu'une inflation élevée persisteront jusqu'à la fin de l'année.

Des tensions politiques sous-jacentes

Cette décision intervient en décalage avec la position de la Première ministre Sanae Takaichi, élue en octobre dernier. Comme son homologue américain Donald Trump, Mme Takaichi s'est affichée comme une partisane d'une monnaie faible et de taux d'intérêt bas. Un yen peu élevé favorise traditionnellement les exportateurs japonais en rendant leurs biens moins chers sur les marchés étrangers. Le programme de la cheffe du gouvernement, qui repose sur des mesures de relance, des baisses d'impôts et une hausse des dépenses de défense, nécessite des dépenses publiques importantes, dont le financement devient plus difficile lorsque les coûts d'emprunt augmentent.

Un virage amorcé depuis 2024

La Banque du Japon avait déjà entamé un resserrement monétaire progressif depuis le début de l'année 2024, après des décennies de taux ultra-bas, voire négatifs. Cette inflexion était rendue possible par une poussée d'inflation, elle-même alimentée par les goulots d'étranglement persistants de la période pandémique et par des chocs géopolitiques.

Les experts estiment que les banquiers centraux ont retenu la leçon de 2022. L'économiste en chef pour le Japon chez Barclays, Naohiko Baba, a souligné que les données signalant des hausses de prix dès ce mois-ci les ont poussés à agir avant que l'inflation ne s'installe. Avec des préparatifs soigneusement mis en place, une absence de hausse de taux aurait constitué une surprise majeure.

Des conséquences pour l'économie japonaise

Le relèvement du taux directeur à 1 % pourrait avoir des répercussions significatives sur l'économie nippone. Il alourdit le coût du crédit pour les entreprises et les ménages, et renchérit le service de la dette publique, déjà l'une des plus élevées au monde. Alors que la Banque du Japon a indiqué qu'elle continuerait à surveiller les prix et l'économie pour adapter sa politique, les regards se tournent désormais vers la réunion de la Réserve fédérale américaine, prévue cette semaine sous la présidence de son nouveau dirigeant Kevin Warsh, alors que l'inflation américaine a atteint son rythme le plus rapide depuis trois ans.