La phase opérationnelle du projet d’euro numérique franchit une étape décisive. La Banque centrale européenne a dévoilé la liste des 36 entreprises retenues pour participer à la phase pilote de la future monnaie numérique de la zone euro. Ces prestataires de services de paiement, issus de plusieurs pays membres, devront développer et tester une version bêta de l’infrastructure technique dédiée, à partir du second semestre 2027, pour une durée de douze mois.
Parmi les noms sélectionnés figurent des poids lourds du secteur bancaire comme Deutsche Bank, UniCredit, ainsi que la banque en ligne Revolut et le groupe français BPCE. Le français Worldline, leader européen du traitement des paiements, participe également à l’opération, avec une double casquette : prestataire de services de paiement et prestataire de services techniques sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la connectivité des infrastructures à l’intégration bancaire. Selon les informations disponibles, Worldline s’appuiera sur sa licence paneuropéenne détenue par sa filiale luxembourgeoise, en lien avec la Banque centrale du Luxembourg, ainsi que sur sa filiale germano-autrichienne Payone pour étendre sa présence sur plusieurs marchés du pilote. Le groupe a traité plus de 47 milliards de transactions en 2025.
Un calendrier conditionné par le cadre législatif
Le développement proprement dit des services pilotes doit débuter au troisième trimestre 2026, avec l’intégration à la plateforme technique de l’euro numérique. La phase opérationnelle de test démarrera au second semestre 2027. Toutefois, la BCE rappelle qu’aucune émission de la monnaie numérique ne pourra avoir lieu sans l’adoption préalable du cadre législatif européen, actuellement en négociation entre le Parlement, le Conseil et la Commission. Le calendrier prévisionnel envisage une approbation formelle en 2027, un achèvement du pilote la même année, puis un éventuel lancement grand public en 2029, sous réserve de l’aboutissement du processus législatif, déjà marqué par des retards.
Des critiques parmi les rangs
L’une des caractéristiques marquantes de cette sélection est la présence de plusieurs acteurs qui s’étaient montrés réservés, voire ouvertement critiques, à l’égard du projet d’euro numérique. Le Financial Times souligne que la BCE a délibérément inclus des entreprises ayant exprimé des doutes sur l’utilité ou les modalités du dispositif. Cette inclusion vise à tester la robustesse du système face aux objections concrètes du marché. Ainsi, des sociétés comme Revolut, connue pour avoir critiqué certains aspects du projet, se retrouvent dans le groupe pilote, aux côtés de banques traditionnelles et de spécialistes du paiement.
Un enjeu géopolitique et de souveraineté
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques et de dépendance technologique. Selon des données de la BCE, les réseaux internationaux, essentiellement Visa et Mastercard, traitent près de 61 % des transactions par carte dans la zone euro. Quinze des vingt et un pays membres ne disposent d’aucune solution nationale de paiement numérique largement utilisée en magasin. Dans un environnement marqué par des frictions commerciales entre l’administration américaine et certains alliés européens, des responsables politiques ont évoqué le risque que les États-Unis puissent utiliser leur contrôle sur certaines infrastructures financières pour exercer une pression. L’euro numérique est ainsi présenté comme un levier de souveraineté monétaire.
Sur les 36 prestataires retenus, plus de 50 candidatures avaient été reçues. La sélection inclut des acteurs de différents pays de la zone euro, avec une représentation de banques de détail, de banques en ligne, de processeurs de paiement et de fournisseurs de services techniques.