Sofia met fin aux livraisons étatiques d'armes à l'Ukraine

Le gouvernement du Premier ministre bulgare Rumen Radev a annoncé, mardi, que son pays ne fournirait plus d'armes à l'Ukraine depuis ses réserves d'État. Le ministre de la Défense, Dimitar Stoyanov, a justifié cette décision en indiquant que les stocks nationaux étaient « en dessous du niveau minimum requis » et que le pays « n'a plus d'armes à donner ».

Cette interdiction ne concerne cependant pas les exportations commerciales de l'industrie de défense bulgare. Les entreprises privées peuvent continuer à vendre des armements, y compris vers des intermédiaires qui les réexpédient ensuite vers Kiev. La mesure ne bloque donc pas les flux d'armes en provenance du secteur privé, ce qui a soulevé des interrogations sur la cible réelle de cette décision : Kiev ou l'opinion publique intérieure ?

Une décision étonnante alors que Kiev n'a pas formulé de nouvelle demande

Le ministre de la Défense a reconnu, lors d'une audition parlementaire, que l'Ukraine n'avait adressé aucune demande d'approvisionnement public depuis son entrée en fonction début mai. Cette déclaration a renforcé la confusion autour du calendrier de l'annonce. Sofia a déjà envoyé treize paquets d'aide militaire à Kiev depuis le début de l'invasion russe en février 2022, mais le Premier ministre Rumen Radev s'est toujours opposé à de nouvelles livraisons, qualifiant en 2025 les initiatives européennes de financement d'armements de « cause perdue d'avance ».

Des compensations financières substantielles minimisées

Le chef du gouvernement a défendu la position de son exécutif mercredi en affirmant que la Bulgarie « a déjà donné assez », tout en subissant « les dommages socio-économiques de cette guerre sanglante ». Toutefois, l'accent mis sur les conséquences économiques occulte que les livraisons depuis les stocks publics étaient largement remboursées par le biais de la Facilité européenne pour la paix (FEP). Selon le ministère de la Défense, Sofia a reçu plus de 3 millions d'euros (3,47 millions de dollars) de la FEP en 2025 et 2026, tandis que des accords tripartites ont généré plus de 200 millions d'euros pour le budget du ministère, dont plus de la moitié a servi à réduire le déficit budgétaire de l'État.

Un signal politique pour l'opinion intérieure

L'ancien président est perçu comme l'un des alliés les plus proches de Stoyanov, et sa décision reflète une ligne cohérente au sein du gouvernement. La Bulgarie, pays membre de l'Union européenne et de l'OTAN, abrite une part significative de la population aux sympathies pro-russes. En interdisant les livraisons étatiques tout en maintenant les exportations commerciales, le gouvernement semble chercher un équilibre entre ses obligations internationales et les sensibilités d'une partie de l'électorat. L'arrangement permet de satisfaire les entreprises locales d'armement, très actives dans la région, tout en envoyant un signal à l'opinion publique intérieure attachée à la neutralité.