Le gouvernement bulgare a officiellement mis fin aux livraisons directes d'armes à l'Ukraine, une décision annoncée mardi par le ministre de la Défense Dimitar Stoyanov. Cette mesure ne concerne que les fournitures issues des stocks publics et n'affecte pas les exportations réalisées par l'industrie privée de l'armement, ce qui laisse planer un doute sur la portée réelle de ce changement de cap.

Des réserves jugées insuffisantes

Devant une commission parlementaire, le ministre Stoyanov a justifié cette décision en affirmant que le pays « n'a plus d'armes à donner » car ses stocks sont « en dessous du niveau minimal requis ». Il a toutefois reconnu que Kiev n'avait formulé aucune nouvelle demande de matériel étatique depuis sa prise de fonctions au début du mois de mai.

Un contexte politique sensible

Le premier ministre Rumen Radev, figure de la coalition au pouvoir, s'est montré ferme sur cette question. « Nous avons déjà assez donné, tandis que notre pays continue de subir des dommages socio-économiques à cause de cette guerre sanglante », a-t-il déclaré mercredi pour défendre la position de l'exécutif. Radev, qui avait déjà qualifié en 2025 les grandes initiatives d'armement financées par l'Europe de « cause perdue », s'est toujours opposé à de nouvelles livraisons d'armes à l'Ukraine.

Ce discours rappelle celui des premiers mois suivant l'invasion de 2022, lorsque les autorités bulgares affirmaient n'envoyer « pas une seule balle fabriquée en Bulgarie » vers l'Ukraine. Dans les faits, l'industrie de défense avait fortement accru ses exportations vers des intermédiaires comme la Pologne et la Tchéquie, qui approvisionnaient ensuite Kiev. Ce montage permettait de maintenir la cohésion d'un gouvernement de coalition incluant une composante prorusse.

Des compensations financières substantielles

L'argument économique avancé par le gouvernement ne tient pas compte des remboursements perçus via la Facilité européenne pour la paix (FEP). Interrogé sur ce point, le ministère bulgare de la Défense a indiqué avoir reçu plus de 3 millions d'euros (environ 3,47 millions de dollars) de la FEP en 2025 et 2026. Par ailleurs, des accords trilatéraux ont généré plus de 200 millions d'euros pour le budget du ministère, dont plus de la moitié a servi à combler le déficit budgétaire de l'État.

Une mesure à double tranchant

Si la décision semble fermer la porte à de nouvelles livraisons étatiques, elle n'interrompt pas le flux d'armes privées. Cette ambiguïté soulève la question de savoir si le gouvernement vise davantage un signal adressé à l'opinion publique bulgare, en partie influencée par des positions prorusses, plutôt qu'un réel changement de soutien à l'Ukraine. Le ministre Stoyanov, proche collaborateur de Radev, apparaît comme le reflet de cette ligne politique.

Un soutien passé

Depuis le début de la guerre, la Bulgarie a livré 13 paquets d'aide militaire à Kiev. Sous l'ancien ministre de la Défense Todor Tagarev, le pays avait commencé à fournir ses anciens équipements d'origine soviétique et reçu en échange du matériel militaire moderne aux normes de l'OTAN. Ce dispositif devrait désormais être interrompu en ce qui concerne les arsenaux publics.