La centrale nucléaire de Sizewell B, située sur la côte est de l’Angleterre, continuera de produire de l’électricité jusqu’en 2055, soit vingt ans de plus que la date initialement prévue. L’accord a été conclu entre l’énergéticien français EDF, propriétaire et exploitant du site, et les autorités britanniques.
Mise en service en 1995, la centrale devait cesser son activité en 2035. Elle est le seul réacteur à eau sous pression en service au Royaume-Uni et fournit environ 3 % de l’électricité du pays, soit de quoi alimenter plus de deux millions de foyers. Selon EDF, la prolongation permettrait de générer l’équivalent de la consommation électrique de l’ensemble des habitations de la région de l’Est de l’Angleterre pendant près de quarante-cinq ans.
Investissement et emplois
L’extension de la durée de vie du réacteur s’accompagne d’un programme d’investissement d’environ 800 millions de livres sterling, qui sera engagé par EDF. L’accord définitif doit être formalisé dans le courant de l’année. Le site emploie actuellement 620 salariés et environ 300 sous-traitants. Robert Gunn, directeur de la centrale, a salué une décision qui « garantit des centaines d’emplois » et permettra de « recruter une nouvelle génération de jeunes du Suffolk pour la renaissance nucléaire du pays ». Il a également évoqué des « modifications et améliorations majeures » à apporter aux installations.
Soutien gouvernemental
Le gouvernement britannique a qualifié cette prolongation de « bonne nouvelle ». Patrick Vallance, ministre chargé de la science, de l’innovation, de la recherche et du nucléaire, a estimé qu’il s’agissait d’une « démarche normale » pour une centrale. « Cela signifie que nous disposons de plus d’électricité propre pour cette période », a-t-il déclaré, ajoutant que cela correspond à une capacité d’approvisionnement pour deux millions et demi de foyers et à neuf cents emplois.
Cette décision s’inscrit dans l’objectif du Royaume-Uni d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Le pays mise sur le nucléaire comme pilier de sa production d’énergie bas carbone, aux côtés des énergies renouvelables. La construction d’un nouveau réacteur, Sizewell C, a déjà débuté à proximité immédiate de l’actuelle centrale.
Opposition des militants
L’annonce suscite toutefois des critiques. Chris Wilson, du groupe de campagne Together Against Sizewell C (TASC), a dénoncé « la dépendance continue du gouvernement à l’égard de l’énergie nucléaire, sale et dangereuse ». Il estime que cette prolongation crée un « passif financier et environnemental multigénérationnel », laissant aux générations futures le fardeau de l’entretien des digues de protection contre les inondations et le « défi insurmontable du confinement sûr, pendant des millénaires, des déchets hautement radioactifs ». Le groupe TASC dit approuver l’objectif de sortie des énergies fossiles, mais rejette la voie nucléaire.
Le débat sur le nucléaire reste vif au Royaume-Uni. Le gouvernement, qui soutient également les projets de petites centrales modulaires (SMR), voit dans le prolongement de Sizewell B un moyen rapide et éprouvé d’accroître la production bas carbone sans recourir au gaz ou au charbon.