L’économie chinoise traverse une phase de ralentissement inédite de la consommation des ménages. En mai, les ventes au détail ont enregistré une baisse de 0,6 % par rapport au même mois de l’année précédente, selon les données publiées mardi par le Bureau national des statistiques. Il s’agit du premier recul annuel depuis décembre 2022, époque où une vague de contaminations au Covid-19 avait paralysé le pays juste après la levée brutale de la politique « zéro Covid ».
Cette contraction intervient alors même que les prix de l’énergie ont augmenté, en raison notamment de la fermeture du détroit d’Ormuz, ce qui aurait dû mécaniquement gonfler le chiffre des ventes au détail — les carburants étant inclus dans l’indicateur sans correction de l’inflation. Le repli est donc jugé d’autant plus sévère par les analystes. Corrigé de la hausse des prix à la consommation, le déclin du volume des achats serait encore plus marqué.
Un fossé grandissant entre production et demande
Le malaise des consommateurs chinois s’explique en grande partie par la crise prolongée du marché immobilier, qui a érodé la confiance et incité les ménages à épargner plutôt qu’à dépenser. Cette frilosité contraste avec la vigueur de l’appareil productif. Les exportations ont atteint un niveau record en mai, à 376,8 milliards de dollars, après avoir déjà battu un record en avril. La production industrielle s’est renforcée, tirée notamment par la fabrication de véhicules électriques et d’autres produits high-tech.
« L’offre reste relativement forte : les exportations croissent rapidement, la production industrielle tient bon et les secteurs de haute technologie continuent de se développer », a commenté Zhu Tian, professeur d’économie à la China Europe International Business School de Shanghai. « Mais la demande intérieure, elle, reste faible. »
L’investissement privé en berne
Signe supplémentaire du manque de dynamisme, l’investissement global a reculé en mai, y compris hors du secteur immobilier sinistré. Les entreprises peinent à identifier des débouchés rentables sur le marché intérieur. L’investissement privé a été particulièrement atone, reflétant la défiance des acteurs économiques face à une reprise incertaine.
La tendance confirme une dépendance croissante de la Chine vis-à-vis de ses marchés extérieurs pour soutenir la croissance, alors que le gouvernement peine à relancer la consommation des ménages. Les autorités ont multiplié les mesures ces derniers mois — baisses de taux, assouplissement des conditions de crédit, subventions à l’achat de biens durables — sans parvenir à inverser la psychologie des consommateurs.
Conséquences pour l’économie mondiale
Ce décrochage de la demande chinoise pourrait avoir des répercussions au-delà de ses frontières. La Chine est le premier importateur mondial de matières premières agricoles et de nombreux produits manufacturés. Un ralentissement prolongé de sa consommation affaiblit les perspectives de croissance des économies émergentes qui lui fournissent ces biens. Dans le même temps, la poussée des exportations chinoises — à des niveaux records — risque d’alimenter les tensions commerciales avec les États-Unis et l’Union européenne, déjà préoccupés par les surcapacités industrielles chinoises.
Le Bureau national des statistiques n’a pas fourni de ventilation détaillée des catégories de produits en recul. Mais les analystes s’attendent à ce que les secteurs du logement, de l’ameublement et de l’électroménager soient parmi les plus touchés, dans le sillage de la crise immobilière. La publication de ces chiffres intervient alors que les marchés financiers chinois étaient en légère baisse mardi, les investisseurs intégrant le signal négatif.