Nouvelles frappes sur le royaume

Les sirènes d’alerte ont retenti mardi dans plusieurs régions de Jordanie alors que des missiles iraniens visaient le territoire. L’armée jordanienne a déclaré avoir intercepté et abattu trois projectiles en provenance d’Iran, sans faire état de victimes. Un quatrième missile est tombé dans une zone inhabitée. Cet incident s’inscrit dans une série d’attaques qui ont placé la Jordanie au cœur d’un conflit régional grandissant.

Le 17 juillet, une frappe iranienne contre une base militaire américaine en Jordanie a coûté la vie à deux soldats des États-Unis et en a blessé une trentaine d’autres. Selon des responsables américains, il s’agissait de la quatrième attaque de la semaine visant les forces américaines stationnées dans le royaume. Les précédents tirs avaient endommagé des hélicoptères Blackhawk et touché des infrastructures résidentielles et aériennes, notamment la base aérienne Muwaffaq Salti à Azraq, un site clé pour l’US Air Force.

Un rôle militaire accru

La Jordanie abrite en permanence des installations militaires américaines, ce qui en fait l’un des huit pays arabes dans cette situation. Depuis le début des frappes conjointes américano-israéliennes contre l’Iran fin février, Téhéran avait jusque-là concentré ses ripostes sur Israël et les monarchies du Golfe ayant facilité les opérations américaines. Mais avec l’enlisement de la trêve et l’évolution du conflit, la Jordanie est devenue une cible directe.

Selon des responsables américains cités par plusieurs sources, Washington a accru sa dépendance envers Amman à mesure que d’autres alliés régionaux limitaient l’usage de leurs bases et de leur espace aérien. Le Pentagone aurait ainsi redéployé des troupes depuis Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Qatar vers la Jordanie et Israël, perçus comme plus sûrs. Près de 4 000 militaires américains sont actuellement déployés dans le royaume, d’après un récent rapport du Congrès.

Une marge de manœuvre réduite

Contrairement aux États producteurs d’hydrocarbures du Golfe, la Jordanie ne dispose pas de ressources naturelles abondantes et dépend fortement de l’aide étrangère américaine. Cette asymétrie limite sa capacité à refuser les demandes de Washington, selon des analystes.

« L’Iran s’est réservé le droit de riposter contre tout État de la région qui héberge des actifs ou des bases militaires américains, et la Jordanie en fait partie », explique Erwin van Veen, chercheur principal à l’Institut Clingendael de La Haye. Il ajoute que les options du roi Abdallah II sont « très limitées » en raison de l’équilibre précaire auquel le royaume est confronté.

De son côté, Omid Memarian, analyste sur l’Iran au sein du think tank DAWN basé à Washington, estime que les pays du Golfe comme l’Arabie saoudite sont « encore plus réticents à laisser les États-Unis utiliser leurs bases pour attaquer l’Iran » après avoir subi des représailles. « Mais la Jordanie, en raison de son accord de sécurité avec les États-Unis et de la relation très déséquilibrée que Washington entretient avec elle, ne serait pas en mesure de dire non », juge-t-il.

Escalade et conséquences

Le 20 juillet, l’aéroport international et le port maritime d’Aqaba ont été évacués après une « menace spécifique et crédible » signalée par l’ambassade américaine. Les défenses aériennes jordaniennes ont ensuite abattu trois missiles iraniens. L’Iran, par la voix de l’agence de presse Fars, a revendiqué des frappes de drones contre des réservoirs de carburant et des abris d’aéronefs sur la base d’Azraq.

Les attaques répétées contre les forces américaines en Jordanie – qui ont fait des dizaines de blessés et endommagé du matériel – marquent une escalade significative. Alors que le royaume hachémite tente de préserver sa stabilité interne, sa position d’allié indéfectible de Washington le place désormais en première ligne d’un conflit dont il peine à maîtriser les contours.