Une crainte grandissante dans le secteur avicole polonais
La Pologne, qui se place au premier rang des producteurs de volailles au sein de l’Union européenne et au troisième rang mondial pour les exportations, voit son succès commercial menacé. L’accord commercial conclu entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) alimente les préoccupations des acteurs de la filière. Ces derniers redoutent un afflux accru de viande de volaille brésilienne sur le marché européen, à des prix difficilement soutenables pour les producteurs polonais.
Une concurrence déjà vive
La position dominante de la Pologne sur le marché mondial est déjà contestée par le Brésil, premier exportateur mondial de volailles, et par l’Ukraine, dont les exportations vers l’UE ont fortement augmenté ces dernières années. L’accord avec le Mercosur pourrait aggraver cette pression en supprimant ou en réduisant les droits de douane sur les importations de volailles en provenance d’Amérique du Sud. Les éleveurs polonais estiment que les normes sanitaires et environnementales imposées aux producteurs européens sont plus strictes que celles en vigueur au Brésil, créant un déséquilibre concurrentiel.
Des inquiétudes relayées par les professionnels
Plusieurs organisations professionnelles polonaises ont exprimé leur opposition à la libéralisation des échanges avec le Mercosur. Elles estiment que le secteur, qui emploie des centaines de milliers de personnes et contribue de manière significative aux exportations agricoles du pays, pourrait subir des pertes économiques importantes. Les producteurs demandent instamment à Bruxelles de prévoir des clauses de sauvegarde et des mécanismes de compensation pour protéger la filière en cas de perturbations du marché.
Des négociations sous tension
L’accord UE-Mercosur, en discussion depuis plus de vingt ans, a été relancé fin 2019 puis à nouveau suspendu en raison de désaccords sur les engagements environnementaux. Le texte final, qui doit encore être ratifié, prévoit des contingents tarifaires pour certains produits agricoles, dont la volaille. Les autorités polonaises, soutenues par plusieurs autres États membres, ont fait part de leurs réserves et demandent une évaluation d’impact avant toute mise en œuvre définitive.
Réactions politiques
Le gouvernement polonais a pris position contre la conclusion de l’accord en l’état. Le ministre de l’Agriculture a déclaré que « l’ouverture du marché européen à des volumes importants de volailles brésiliennes, sans garanties équivalentes en matière de normes, mettrait en péril des milliers d’exploitations polonaises ». Des parlementaires européens polonais ont également interpellé la Commission européenne, réclamant une étude approfondie des conséquences économiques et sociales du pacte.
Un enjeu pour l’ensemble de la filière
Au-delà de la Pologne, d’autres grands producteurs européens, comme la France et les Pays-Bas, partagent ces inquiétudes. La crainte d’une distorsion de concurrence au détriment des éleveurs de l’UE s’étend à l’ensemble du continent. La filière avicole polonaise, qui a investi massivement dans l’exportation, se trouve à un tournant : soit l’accord est amendé pour inclure des garde-fous, soit il risque de fragiliser une industrie devenue centrale dans l’économie agricole du pays.
Conclusion
Alors que les discussions finales sur l’accord UE-Mercosur se poursuivent, la filière avicole polonaise se mobilise pour faire entendre sa voix. Les prochains mois seront décisifs pour déterminer si des mesures de protection seront intégrées au texte, ou si le secteur devra s’adapter à une concurrence accrue venue d’Amérique du Sud.