La filière avicole polonaise, première d'Europe et troisième exportateur mondial, exprime de vives préoccupations face à la perspective de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et le bloc du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Les professionnels du secteur redoutent une déstabilisation du marché européen par l'arrivée massive de produits brésiliens, déjà très compétitifs sur les prix.
La Pologne a bâti son succès sur une production intensive et des coûts maîtrisés, mais elle voit depuis plusieurs mois ses parts de marché grignotées par les importations ukrainiennes, exemptées de droits de douane depuis la guerre. L'accord avec le Mercosur viendrait ajouter une pression supplémentaire en ouvrant davantage le marché européen au poulet brésilien, troisième producteur mondial, qui bénéficie de conditions sanitaires et environnementales jugées moins contraignantes par les éleveurs polonais.
Un secteur stratégique pour l'économie polonaise
L'aviculture représente un pilier de l'agriculture polonaise. Le pays compte parmi les premiers exportateurs mondiaux de viande de volaille, et ses produits sont présents sur l'ensemble du marché intérieur européen. Les entreprises du secteur emploient des dizaines de milliers de personnes et contribuent significativement à la balance commerciale. Toute modification des conditions d'accès au marché commun est donc perçue comme un risque majeur pour l'emploi rural et la compétitivité de la filière.
Les autorités polonaises ont déjà fait part de leur opposition à l'accord avec le Mercosur dans sa forme actuelle. Elles demandent des clauses de sauvegarde efficaces pour protéger les productions sensibles, dont la volaille. Les négociations entre Bruxelles et les capitales européennes se poursuivent, mais le calendrier politique reste incertain.
Craintes sanitaires et environnementales
Au-delà des aspects économiques, les éleveurs polonais mettent en avant les différences de normes. Au Brésil, l'utilisation de certains antibiotiques comme facteurs de croissance est autorisée, et les réglementations sur le bien-être animal sont moins strictes qu'en Europe. Les professionnels craignent une concurrence déloyale qui fragiliserait les efforts européens en matière de qualité et de durabilité.
Le débat s'inscrit dans un contexte plus large de tensions commerciales et de remise en question du libre-échange par plusieurs États membres. La France, autre grand producteur agricole, partage certaines des réserves polonaises. La Pologne n'est pas la seule à s'inquiéter, mais sa position de premier producteur de volailles lui donne un poids spécifique dans les discussions.