Le Vieux Continent accusait déjà un retard structurel dans la course aux semi-conducteurs. Sa situation se complique désormais avec une double contrainte commerciale qui resserre l’étau autour de son industrie, selon un rapport publié jeudi par l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (EUISS) et le groupe de réflexion de l’Institut Montaigne.
Les deux organismes ont réalisé cette étude dans le cadre d’une initiative financée par l’Union européenne sur dix-huit mois, baptisée « Chips Diplomacy Support Initiative ». Ses conclusions dressent un tableau préoccupant : les intérêts européens sont exposés à la fois aux limitations imposées par Pékin sur les matières premières nécessaires à la fabrication des puces et à un lien de dépendance vis-à-vis des États-Unis dont les conséquences inquiètent Bruxelles.
Deux fronts pour une même industrie
D’un côté, la Chine dispose d’un levier important via le contrôle d’une partie des approvisionnements en éléments critiques. Les restrictions qu’elle a mises en place sur ces matériaux pèsent directement sur les capacités de production du secteur en Europe. De l’autre, la dépendance technologique vis-à-vis des équipements et des licences américaines place les entreprises européennes dans une position de vulnérabilité face aux décisions de Washington.
Cette configuration expose l’industrie européenne à des pressions qui s’exercent simultanément depuis les deux rives du Pacifique. Alors que les tensions commerciales entre Pékin et Washington se sont intensifiées ces dernières années, le continent se retrouve happé par une rivalité dont il n’est pas l’acteur principal.
Un retard qui se creuse
L’Europe n’a jamais réussi à combler son retard dans la production de semi-conducteurs, malgré des investissements publics et privés. Le rapport pointe que la situation actuelle aggrave ce décalage, car les contraintes extérieures freinent les possibilités de rattrapage. Les fabricants européens peinent à sécuriser à la fois leurs intrants et leurs débouchés dans un contexte de guerre commerciale.
Les auteurs du document soulignent que le secteur européen se trouve aujourd’hui dans une situation où les deux principales puissances économiques mondiales peuvent influencer son activité sans que Bruxelles dispose de leviers équivalents pour répliquer. Les choix technologiques, les chaînes d’approvisionnement et la capacité d’innovation sont conditionnés par des décisions prises hors de ses frontières.
Vers une nécessaire autonomie stratégique
Ce constat renforce les appels à accélérer la souveraineté européenne dans le domaine des semi-conducteurs. Des programmes comme le « European Chips Act » avaient déjà posé les bases d’une stratégie de relocalisation et d’investissement. L’étude de l’EUISS et de l’Institut Montaigne suggère que ces efforts doivent être amplifiés face à l’ampleur des menaces.
La question des semi-conducteurs est devenue un enjeu central de la compétition technologique mondiale. Les puces électroniques sont présentes dans tous les secteurs, de l’automobile à la défense en passant par l’intelligence artificielle. L’incapacité à garantir une production européenne suffisante expose l’économie du continent à des risques de rupture d’approvisionnement et à une perte de compétitivité.
L’étude ne propose pas de solution unique mais insiste sur la nécessité d’une approche coordonnée entre les États membres et les institutions européennes. La diplomatie des puces, comme la nomme l’initiative « Chips Diplomacy Support Initiative », devient un axe prioritaire pour tenter de sortir de cette position d’étau entre la Chine et les États-Unis.