Pour la première fois depuis le début du second mandat de Donald Trump, des agents fédéraux se sont présentés au domicile de plusieurs journalistes du New York Times pour leur remettre des citations à comparaître. Ces injonctions, émises vendredi par le bureau du procureur fédéral de Manhattan, visent à contraindre les reporters à déposer devant un grand jury siégeant mercredi à Manhattan, dans le cadre d’une enquête pour « violation présumée du droit pénal fédéral ».
Des journalistes ciblés pour leurs articles sur la sécurité de l’avion présidentiel
Les quatre journalistes visés – Julian E. Barnes, Eric Lipton, Tyler Pager et Eric Schmitt – sont les auteurs d’articles publiés cette semaine sur les préoccupations sécuritaires liées au nouvel Air Force One. Mercredi, ils ont relaté que Donald Trump avait quitté la Turquie à bord de l’ancien avion présidentiel, sur recommandation des services secrets, par mesure de prudence. Le lendemain, le quotidien a révélé que l’appareil actuel – un Boeing 747-8 offert par le Qatar – ne disposait pas de certains équipements de défense avancés, notamment de systèmes antimissiles. Les deux articles s’appuient sur des sources ayant requis l’anonymat pour évoquer des sujets sensibles de sécurité nationale.
Une mise en garde du FBI avant la publication
D’après une source informée des échanges, un haut responsable du FBI a contacté un reporter et un rédacteur en chef du New York Times avant la parution de l’article de mercredi, leur demandant de ne pas le publier au nom de la sécurité nationale. Le fonctionnaire n’a pas précisé la nature exacte de la menace. Il a également exigé que le journal révèle ses sources, ce que la rédaction a refusé. Un porte-parole du New York Times, Charlie Stadtlander, a confirmé ces faits.
Le New York Times dénonce une « bravade »
La direction du journal a condamné fermement ces citations. « La présence d’agents fédéraux sur le pas-de-porte de journalistes devrait heurter la conscience de tout Américain qui croit en la Constitution et à la liberté de la presse qu’elle protège », a déclaré David McCraw, principal avocat de la rédaction. « Nos journalistes relatent les faits et font progresser le droit du public américain à savoir comment son gouvernement fonctionne et comment l’argent de ses impôts est utilisé. Cette bravade ne doit être vue que comme une tentative d’empêcher le public de savoir ce qui se passe dans son pays en intimidant les journalistes dans l’exercice de leur métier. »
Un procureur récemment nommé à un poste clé
Les citations ont été émises par Jay Clayton, procureur fédéral de Manhattan, que Donald Trump vient de proposer pour diriger le renseignement national. Ni la Maison-Blanche ni le bureau du procureur n’ont répondu aux sollicitations vendredi soir.
Une escalade dans la guerre contre la presse
Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump use des prérogatives de l’État fédéral pour faire pression sur les médias. Plus tôt cette année, le département de la Justice avait déjà tenté d’obliger des journalistes du Wall Street Journal et du Washington Post à témoigner, avant de retirer ces citations après que les deux journaux eurent contesté la mesure. En janvier, des agents du FBI avaient perquisitionné le domicile d’une journaliste du Washington Post, Hannah Natanson, saisissant téléphones, ordinateurs et une montre connectée, dans le cadre d’une enquête sur la gestion de documents classifiés par un sous-traitant du gouvernement.
Les citations à comparaître contre des journalistes restent rares, et les défenseurs du Premier amendement alertent sur leur effet dissuasif sur le travail d’investigation. Les enquêtes sur des fuites d’informations classifiées ont toutefois été menées aussi bien sous des administrations démocrates que républicaines.