L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal a mis en librairie mardi 2 juin son livre « La Légende », un récit de 240 pages consacré aux 361 jours qu'il a passés derrière les barreaux en Algérie. L'ouvrage, publié par les éditions Grasset, se présente comme un « livre de combat » selon son auteur, qui y dénonce les autorités algériennes et s'en prend à ceux qu'il considère comme ses détracteurs, tant en France qu'en Algérie.

Des accusations directes contre le pouvoir algérien

Dans ce texte, Boualem Sansal met en cause ce qu'il appelle « le régime algérien honni », à l'origine de son incarcération du 16 novembre 2024 au 12 novembre 2025. Condamné à cinq ans de prison, il a été gracié au bout de près d'un an. L'écrivain reproche au gouvernement français d'avoir privilégié la négociation diplomatique plutôt que d'engager un « rapport de force » avec Alger pour obtenir sa libération, ajoutant qu'il aurait préféré « rester et mourir en prison » plutôt que de voir Paris faire des concessions.

Un divorce avec son éditeur historique

Le choix de publier chez Grasset plutôt que chez Gallimard, sa maison d'édition de longue date, n'est pas anodin. Boualem Sansal explique que cette divergence stratégique sur la manière d'obtenir sa libération est l'une des causes de son départ de Gallimard. Il estime avoir été « mis à la rue » par le PDG Antoine Gallimard, qui l'aurait contraint à quitter le logement où il avait été hébergé à Paris après son arrivée. Une source proche de Gallimard a jugé ces accusations « navrantes » et « loin de la réalité », mais Antoine Gallimard n'a pas réagi publiquement.

Le passage chez Grasset, filiale du groupe Hachette appartenant au milliardaire conservateur Vincent Bolloré, a provoqué un tollé. Le limogeage du PDG d'alors, Olivier Nora, et la décision de plusieurs auteurs de cesser de publier chez Grasset ont marqué cette transition. Interrogé sur ces protestations, Boualem Sansal a déclaré ne « pas bien comprendre » leur motif, affirmant se sentir « super bien » dans sa nouvelle maison d'édition, qui lui a consenti un à-valoir d'un million d'euros pour ce manuscrit.

Une liste de 170 soutiens et des critiques anonymes

L'ouvrage comporte une annexe dans laquelle l'écrivain dresse une liste d'environ 170 personnalités qui l'ont soutenu durant sa détention. À l'inverse, il consacre une section à « ceux qui ont juré que j'avais la rage », des personnes « qui se disaient mes amis - et m'ont poignardé », sans les nommer, mais en précisant qu'elles « étaient légion ». Il s'en prend également à plusieurs médias français, citant « Le Monde », « Libération » et « Le Nouvel Obs », qu'il accuse d'avoir évoqué son « possible glissement vers la droite radicale ».

Positionnement politique revendiqué

Boualem Sansal rejette toute étiquette idéologique. Dans un entretien publié samedi 31 mai, il a affirmé être « libre » et ne pas se situer « sur une ligne idéologique ». Il reconnaît que le Rassemblement national « a pu prendre certaines de ses positions sur l'islamisme et l'islam », tout en soulignant avoir aussi des positions « à l'extrême gauche ». Il s'est exprimé lors du festival « Printemps de la liberté d'expression » à Perpignan, événement soutenu par le maire Louis Alliot, vice-président du RN.

Une promotion massive

La sortie de « La Légende » est accompagnée d'une vaste campagne promotionnelle orchestrée par Hachette. Boualem Sansal a été invité sur France Inter, a fait la une du Figaro Magazine — qui qualifie son livre de « thriller carcéral et méditation philosophique » — et devait être reçu mardi sur CNews, chaîne qui lui consacre une « journée spéciale ».

Dans l'ouvrage, l'écrivain exprime sa satisfaction de voir qu'en France, « des hommes et des femmes refusent que leur pays disparaisse, qu'il se dissolve dans la mondialisation, dans l'Europe des bureaucrates et des représentants du commerce ou, pire encore, dans un islam exalté ».