Dans plusieurs hôpitaux des États-Unis, un robot blanc d'environ 1,20 mètre de haut, doté d'un seul bras et d'un design avenant, circule dans les couloirs. Surnommé Moxi par son concepteur Diligent Robotics, il transporte des fournitures médicales. Le personnel soignant lui adresse parfois un « bonjour », un geste amical, voire une accolade. La machine répond alors en affichant des yeux en forme de cœur et en émettant un double bip sonore.
« Nous recevons souvent des retours indiquant que Moxi est perçu comme un membre de l'équipe », confie Todd Brugger, directeur de l'exploitation de l'entreprise texane, qui compte environ une centaine de ces robots en service.
Un modèle économique qui évite l'achat
L'introduction de Moxi dans un établissement de santé ne passe pas par un achat définitif. Le robot est proposé à la location ou via un abonnement, dans le cadre de ce que les professionnels appellent le « robotics-as-a-service » (robotique en tant que service). Ce contrat inclut l'appareil lui-même, sa maintenance, ses mises à jour, et parfois l'intervention à distance d'un ingénieur capable de prendre le contrôle en cas de besoin.
Selon Todd Brugger, cette formule « réduit les dépenses initiales pour l'hôpital, car on ne paie pas la totalité du prix d'achat d'un seul coup ». Il ajoute que l'évolution rapide de la technologie rend ce modèle particulièrement pertinent : « Nous améliorons régulièrement les logiciels et les capacités du robot. »
Des usages très variés
La location de robots s'étend désormais des tâches médicales aux missions agricoles ou de divertissement. Il est possible de louer des barmen robotisés, des désherbeurs autonomes pour les fermes, ou des humanoïdes pour des événements. Ces derniers, encore en phase de développement, sont généralement réservés à des prestations bien définies : ils peuvent danser, chanter ou servir les invités lors d'un mariage ou d'une réception d'entreprise.
Ethan Qi, directeur associé basé à Pékin pour le cabinet Counterpoint Research, explique la simplicité relative de ces performances : « On engage un danseur, on filme sa prestation, et la vidéo sert à entraîner le robot. Ensuite, l'engin sait reproduire la chorégraphie. Mais un ingénieur est souvent présent pour pallier les imprévus. »
Un assistant domestique en abonnement
Au-delà des spectacles, l'ambition des entreprises de robotique humaine vise le marché domestique. La société californienne 1X prévoit de commencer à livrer son robot d'assistance NEO d'ici la fin de l'année. Pour les premiers clients américains, deux options sont proposées : un achat comptant à 20 000 dollars (environ 15 000 livres sterling) ou un abonnement mensuel de 499 dollars (378 livres sterling).
Dar Sleeper, vice-président produit et design de 1X, justifie cette approche : « Beaucoup de clients opteront pour l'achat, mais l'abonnement réduit fortement le coût d'entrée et le rend accessible à un bien plus grand nombre. »
Éviter l'obsolescence et les compétences techniques
L'un des principaux attraits de la location par rapport à l'acquisition définitive réside dans le rythme d'innovation du secteur. Un humanoïde acheté aujourd'hui risque rapidement de devenir obsolète. Ethan Qi le souligne : « Chaque année, les fabricants dévoilent un nouveau modèle, une nouvelle version du matériel. Si l'on possède un robot, on ne peut pas l'échanger contre le dernier modèle. En revanche, en le louant, on a toujours accès au plus récent. »
La location dispense également d'une expertise technique poussée. L'utilisateur peut se tourner vers le fabricant ou la plateforme de location pour tout problème. « Cela aide à résoudre les difficultés techniques, car les clients ne savent pas forcément programmer les robots », note Ethan Qi.
Un marché en pleine expansion
La demande ne se limite pas aux humanoïdes. La société Formic, basée à Chicago, exploite plus de 250 robots industriels selon le modèle de la robotique en tant que service. Shawn Fitzgerald, directeur des recettes, précise que « tout est inclus : si le bras du robot brûle, il est remplacé. » Cette approche permet aux entreprises de bénéficier de l'automatisation sans immobiliser des capitaux importants et sans se soucier de la maintenance.