Meta a dévoilé son premier modèle de génération d’images par intelligence artificielle, baptisé Muse Image, intégré directement dans l’application Instagram. Désormais, toute personne disposant d’un compte public peut voir ses photos de profil et ses publications utilisées comme matière première pour créer des images générées par IA, sans en être informée.
La fonctionnalité, qui concurrence des outils tels que ceux d’OpenAI ou de Google, permet à un utilisateur de mentionner le nom d’un compte public dans une invite textuelle pour que l’IA produise une image utilisant les traits ou le contenu visuel de ce compte. Meta présente cette possibilité comme un moyen ludique de personnaliser des créations, évoquant la conception d’invitations sur mesure ou de graphiques collaboratifs.
Un consentement présumé qui suscite l’indignation
L’annonce a provoqué une vague de mécontentement parmi les défenseurs des droits numériques. Donald Campbell, directeur du plaidoyer de l’organisation Foxglove, estime qu’il s’agit d’« une recette évidente pour le désastre ». Il rappelle que « nous avons déjà vu un catalogue de préjudices causés par des images modifiées par IA non consenties sur les plateformes sociales au cours de la seule année écoulée », et peine à comprendre pourquoi la direction de Meta « pense que faciliter encore davantage cette manipulation d’images inquiétante est une bonne idée ».
L’association Privacy International a également critiqué la démarche, y voyant « le dernier signe que les entreprises d’IA considèrent les images et les données des gens comme une matière première à exploiter ». Sur le réseau social X, un internaute a qualifié la fonctionnalité de « mine de privacité prête à exploser ».
Comment se désengager ?
Meta indique qu’il est possible de refuser l’utilisation de ses images, même pour un compte public. La procédure n’est toutefois pas immédiatement visible dans l’application. Il faut se rendre dans le menu des paramètres d’Instagram, sélectionner la section « Partage et réutilisation », puis désactiver l’option intitulée « Autoriser les personnes à réutiliser votre contenu sur Instagram et avec les fonctionnalités d’IA de Meta » pour les publications et les réels.
Toutefois, les images déjà générées avant la modification du paramètre ne seront pas supprimées. En outre, Meta précise qu’aucune notification ne sera envoyée à l’utilisateur lorsque son contenu est utilisé par l’IA. Cette absence d’alerte est jugée particulièrement préoccupante par les observateurs.
Un déploiement progressif et des questions réglementaires
Pour l’instant, Muse Image est accessible aux utilisateurs américains via l’application Meta AI, le navigateur web, WhatsApp et les Stories Instagram. Meta prévoit d’étendre l’outil à Facebook et Messenger, ainsi qu’à un service dédié aux annonceurs. Une version capable de générer des vidéos serait également en développement.
Le régulateur britannique des communications, Ofcom, mène déjà une enquête sur X (anciennement Twitter) concernant le rôle de son outil Grok dans la création et la diffusion d’images modifiées par IA non consenties. La nouvelle fonctionnalité de Meta pourrait donc attirer l’attention des autorités de régulation.
Meta insiste sur le fait qu’il existe un paramètre dédié, distinct des contrôles de confidentialité du compte, permettant de se retirer. Mais pour les critiques, le fait que l’option par défaut soit l’inclusion plutôt que le consentement explicite constitue un recul en matière de protection des données personnelles.