Chaque année, des millions de cycles de fécondation in vitro (FIV) sont réalisés dans le monde, mais seule une minorité aboutit à une naissance vivante. En quête de meilleurs résultats, la communauté scientifique a développé divers « suppléments » — des procédures additionnelles censées améliorer la sélection des gamètes ou la réceptivité de l’utérus. Pourtant, une vaste étude parue mardi dans la revue The Lancet Obstetrics, Gynecology and Women’s Health indique que la majorité de ces interventions ne reposent sur aucune preuve solide de leur efficacité.

Les trois seuls suppléments partiellement validés

Des dix add-ons examinés par les chercheurs, trois seulement bénéficient d’études de qualité suffisante pour conclure à un effet potentiel. La technique dite du « grattage endométrial », qui consiste à irriter légèrement la muqueuse utérine avant le transfert d’embryon, « pourrait être associée à une faible augmentation des chances de naissance vivante », selon les auteurs. Une autre méthode, la PICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes physiologique), destinée à sélectionner les spermatozoïdes les plus viables, semble réduire le risque de fausse couche, mais son effet sur le taux de naissances vivantes n’est pas clair. Enfin, l’EmbryoGlue, un produit censé favoriser l’implantation de l’embryon, a donné des résultats contrastés : certaines analyses suggèrent une amélioration des chances de grossesse et de naissance, tandis que d’autres n’en montrent aucun bénéfice.

Un marché juteux pour des bénéfices incertains

Malgré le manque de preuves, les suppléments sont largement commercialisés et adoptés. Selon des données récentes, plus de 70 % des patients ayant recours à la FIV au Royaume-Uni, en Australie et en Nouvelle-Zélande paient pour au moins un add-on au cours de leur traitement. Ces procédures peuvent représenter plusieurs milliers de dollars de dépenses supplémentaires, qui s’ajoutent au coût déjà élevé de la FIV.

« Il n’existe pas de preuves solides que la plupart des suppléments de FIV aident les patientes à tomber enceintes et à avoir un bébé », a déclaré Sarah Lensen, chercheuse principale à l’Université de Melbourne et autrice principale de l’étude. Ce constat interpelle alors que des millions de couples et de personnes se tournent chaque année vers la procréation médicalement assistée.

Un appel à une régulation plus stricte

Les auteurs de l’étude soulignent la nécessité d’une évaluation rigoureuse de ces techniques avant leur mise sur le marché, afin d’éviter que des patientes ne dépensent des sommes importantes pour des interventions dont l’efficacité n’est pas démontrée. Ils recommandent en outre aux cliniciens d’informer clairement leurs patients sur le niveau de preuve – ou l’absence de preuve – associé à chaque add-on. La publication de ces résultats relance le débat sur l’encadrement des pratiques dans le secteur de la fertilité, où l’innovation technologique a souvent devancé la validation scientifique.