Les relations entre Paris et Rome ont souvent des allures de comédie dramatique, avec leurs tensions médiatisées et leurs réconciliations spectaculaires. Pourtant, derrière le théâtre politique, les liens économiques entre la France et l'Italie n'ont jamais été aussi solides. C'est dans ce contexte que les deux chefs d'État, Emmanuel Macron et Giorgia Meloni, se sont rencontrés jeudi à Antibes, une illustration de la volonté affichée de « revenir aux fondamentaux » de la relation bilatérale.
Les chiffres récents attestent de cette vitalité. En 2025, les échanges de biens entre les deux pays ont franchi un cap historique, atteignant 112 milliards d'euros, soit une progression de 6 % par rapport à l'année précédente. Les exportations italiennes vers la France se sont élevées à 65 milliards d'euros (+5,3 %), tandis que les importations italiennes en provenance de l'Hexagone ont bondi de 7,3 % pour s'établir à 47 milliards d'euros. La France demeure ainsi la troisième destination des exportations italiennes, avec 10 % du total, derrière l'Allemagne (12 %) et les États-Unis (11 %).
Des flux diversifiés et des exemples de coopération
Les échanges portent sur des secteurs variés. L'Italie livre principalement des machines-outils, des produits agroalimentaires, des textiles et de la maroquinerie. La France exporte de son côté de l'énergie électrique, des produits chimiques et pharmaceutiques. Ces flux ne se limitent pas aux marchandises : les investissements croisés témoignent d'une intégration profonde. Louis Margueritte, directeur général de Business France, résume cette dynamique en évoquant une « relation asymétrique mais équilibrée » : « L'Italie n'est pas seulement un voisin, c'est un partenaire stratégique naturel et l'un des moteurs les plus dynamiques de la réindustrialisation et de la transition écologique de notre économie. »
Des rivalités industrielles persistantes
Malgré cette embellie, les contentieux ne manquent pas. Côté italien, on déplore parfois une asymétrie dans les acquisitions. Les groupes français ont en effet multiplié les rachats d'envergure en Italie : BNP Paribas a acquis la BNL, le Crédit Agricole s'est emparé de Cariparma puis de Creval, sans oublier la présence d'AXA dans l'assurance. En retour, les tentatives italiennes en France se sont souvent heurtées à des obstacles perçus comme politiques. L'échec du rachat des chantiers navals de Saint-Nazaire par Fincantieri en 2021 reste un symbole de cette défiance.
Le sentiment que les fleurons italiens sont une proie facile pour les appétits français est également nourri par la vague de rachats dans le luxe. Le groupe Kering a acquis Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga, tandis que LVMH a notamment intégré Fendi, Berluti, Bulgari et Emilio Pucci. Pourtant, les contre-exemples abondent : le groupe Campari a racheté Grand Marnier, Lavazza a repris Carte Noire, Fila s'est offert le papetier Canson, et le leader des arts de la table Sambonet a pris le contrôle d'Ercuis et de Raynaud. La création de Stellantis, fusion entre PSA et FCA, illustre aussi une capacité à bâtir des géants transalpins.
Un avenir sous le signe de la coopération ?
La rencontre d'Antibes intervient dans un climat où les deux pays cherchent à apaiser les tensions et à renforcer leur partenariat stratégique. Si les échanges économiques atteignent des niveaux records, les acteurs politiques et économiques savent que la confiance doit être entretenue. Les entreprises des deux côtés des Alpes continuent d'investir, de fusionner et de coopérer, dépassant souvent les postures politiques. Le couple franco-italien, malgré ses crises cycliques, semble plus que jamais indispensable à la construction d'une Europe compétitive et souveraine.