L'Australie connaît un essor sans précédent de la construction de datacentres, tiré par les besoins de l'intelligence artificielle. Toutefois, cette expansion rapide suscite des réserves croissantes parmi les économistes, les environnementalistes et les autorités locales. Au cœur des préoccupations : la consommation massive d'énergie et d'eau, ainsi que la pression foncière exercée sur des zones déjà convoitées.
Selon les projections de l'opérateur australien du marché de l'énergie (AMEO), la demande d'électricité du pays pourrait doubler d'ici 2050, les datacentres comptant parmi les principaux moteurs de cette hausse. Ce scénario oblige à repenser d'urgence les capacités de production, en particulier les énergies renouvelables et les systèmes de stockage, pour répondre à une consommation qui ne cesse de croître.
Une enquête menée par le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud a mis en lumière les tensions générées par cette course aux datacentres. Des représentants des secteurs du transport et de la logistique ont alerté sur la raréfaction des terrains industriels, tandis que des experts en logement redoutent un effet d'éviction sur les projets résidentiels. « Nous assistons à une compétition féroce pour chaque parcelle disponible », a résumé un participant à l'enquête.
La question de l'eau est tout aussi préoccupante. Les datacentres utilisent d'importants volumes d'eau pour le refroidissement de leurs équipements, dans un pays régulièrement frappé par la sécheresse. Des associations environnementales dénoncent une pression supplémentaire sur des ressources déjà limitées, alors que les périodes de canicule devraient s'intensifier avec le changement climatique.
Du côté des promoteurs, on met en avant les retombées économiques : création d'emplois, modernisation des infrastructures numériques et attractivité pour les investissements étrangers. Mais certains économistes mettent en garde contre un effet inflationniste. La demande massive de terrains, d'énergie et de main-d'œuvre spécialisée pourrait alimenter une hausse des coûts dans plusieurs secteurs, au détriment des ménages et des petites entreprises.
Face à ces enjeux, les autorités australiennes sont appelées à mieux encadrer le développement des datacentres, en imposant des normes environnementales plus strictes et en planifiant l'occupation des sols. Le débat reste ouvert entre les partisans d'une croissance technologique sans frein et ceux qui appellent à une régulation plus forte pour éviter des conséquences sociales et écologiques irréversibles.