Les autorités russes ont fait savoir qu’elles avaient octroyé, en 2025, un total supérieur à 1 000 visas dits « anti-woke » à des étrangers se reconnaissant dans les « valeurs traditionnelles russes ». Cette catégorie de titres de séjour, conçue pour attirer les personnes rejetant les normes sociétales occidentales, a notamment profité à 140 citoyens français.

Ces chiffres, rendus publics par l’administration russe, s’inscrivent dans le cadre d’une politique migratoire explicitement idéologique. Depuis plusieurs années, le Kremlin promeut un discours opposé à ce qu’il qualifie de « décadence » occidentale, incarnée par les mouvements LGBTQ+ ou le féminisme. La délivrance de ces visas vise à offrir un refuge à ceux qui adhèrent à une vision conservatrice de la famille, de la religion et de la nation.

La Russie n’avait pas, dans les années précédentes, communiqué de statistiques aussi détaillées sur ce dispositif. La publication de ces données intervient dans un contexte de tensions diplomatiques avec une grande partie des pays européens, notamment la France. Les 140 visas accordés à des Français représentent l’une des nationalités les plus représentées parmi les bénéficiaires, même si Moscou n’a pas précisé la répartition complète par pays.

Les modalités exactes d’obtention de ce visa restent peu connues. Les autorités russes indiquent simplement qu’il est réservé aux étrangers capables de démontrer leur alignement sur les « valeurs traditionnelles russes », sans définition juridique précise. Ce flou entretient des interrogations sur les critères d’évaluation, qui pourraient inclure des déclarations publiques, des affiliations à des organisations conservatrices ou un rejet affiché des politiques « woke » en vigueur en Occident.

Cette annonce s’insère dans une stratégie plus large de la Russie visant à se positionner en rempart des valeurs conservatrices face à ce qu’elle perçoit comme un effondrement moral de l’Europe et des États-Unis. Plusieurs responsables politiques russes ont régulièrement dénoncé la « propagande LGBT » et l’« idéologie du genre », justifiant ainsi des lois restreignant les droits des minorités sexuelles sur le territoire russe.

Du côté français, aucune réaction officielle n’a été rapportée dans l’immédiat. La publication de ces chiffres pourrait toutefois raviver les critiques sur l’instrumentalisation politique des procédures migratoires par Moscou. Les relations entre la France et la Russie demeurent tendues, notamment en raison du conflit ukrainien et des accusations d’ingérence électorale.

En tout état de cause, ce visa « anti-woke » reste un outil marginal dans l’ensemble de la politique migratoire russe, mais il incarne de façon particulièrement visible la volonté du pouvoir de se distinguer du modèle occidental jugé décadent. La communication autour de ces 1 000 visas, dont 140 pour la France, sert aussi un objectif de propagande, en montrant que des étrangers, même venus de pays hostiles, choisissent de rejoindre la sphère des « valeurs russes ».