Moscou a communiqué, le 17 juin 2026, les chiffres de son programme de visas « anti-woke », un dispositif destiné à accueillir des étrangers se reconnaissant dans les valeurs prônées par le Kremlin. Selon les données officielles, plus d’un millier de visas relevant de cette catégorie ont été accordés depuis le début de l'année, dont 140 à des citoyens français.

Ce programme de visas, présenté comme un outil de sélection migratoire fondé sur l'adhésion à ce que le gouvernement russe qualifie de « valeurs traditionnelles », a été lancé il y a plusieurs mois. Il s'inscrit dans un contexte plus large de rupture idéologique entre la Russie et ce qu'elle dépeint comme le « wokisme » occidental, une notion qu'elle associe à des transformations sociales et culturelles jugées incompatibles avec ses propres principes.

Un millier de visas délivrés en quelques mois

Les autorités russes ont précisé que le cap du millier de visas délivrés avait été franchi pour la période allant de janvier à juin 2025. Ce nombre inclut des ressortissants de plusieurs pays, mais la part française s'est révélée particulièrement notable avec 140 visas accordés. Les nationalités des autres bénéficiaires n'ont pas été détaillées dans la communication officielle, mais les autorités ont indiqué que le dispositif suscitait un intérêt croissant depuis son entrée en vigueur.

Ce programme, officiellement intitulé « visas pour l'adhésion aux valeurs traditionnelles russes », ne s'apparente pas à un simple titre de séjour temporaire. Il permet à ses détenteurs de s'installer en Russie et d'y travailler, sous réserve de respecter certaines conditions liées à l'éthique et à la morale telles que définies par l'État russe. Les candidats doivent notamment passer un entretien destiné à évaluer leur rejet des idées « woke », un terme utilisé par le Kremlin pour désigner un ensemble de mouvements progressistes, notamment ceux liés aux droits LGBTQ+, à l'égalité des genres et à la diversité.

Une initiative à portée diplomatique

L'annonce de ces chiffres intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre la Russie et de nombreux pays occidentaux, dont la France. Moscou présente ce dispositif comme une alternative pour ceux qui se sentent en décalage avec les évolutions sociétales de leurs pays d'origine. Le gouvernement russe affirme ainsi offrir un refuge à ceux qui partagent sa vision conservatrice de la famille, de la religion et de l'ordre social.

La réaction des autorités françaises à cette annonce n'a pas été communiquée publiquement dans l'immédiat. Toutefois, plusieurs voix se sont élevées pour critiquer ce programme, le qualifiant d'outil de propagande et de tentative de séduire des électeurs potentiels au sein d'une frange de la population européenne sensible aux discours identitaires.

Un dispositif contesté

Des observateurs internationaux ont exprimé des réserves sur la nature de ce programme. Certains y voient une manœuvre visant à attirer des individus aux idées radicales, tandis que d'autres doutent de sa portée réelle, soulignant que le nombre de visas délivrés reste modeste face aux flux migratoires globaux. La définition même des « valeurs traditionnelles russes » a aussi été critiquée pour son flou, laissant une large marge d'appréciation aux autorités russes lors de l'examen des candidatures.

Quoi qu'il en soit, ces 140 visas accordés à des Français confirment l'existence d'une demande, même minoritaire, pour ce type de programme. La Russie semble ainsi poursuivre sa stratégie de différenciation idéologique vis-à-vis de l'Occident, en tentant d'attirer des étrangers partageant sa vision conservatrice de la société.