La compétition entre la Chine et les États-Unis dans le domaine de l’intelligence artificielle connaît un nouveau rebondissement. La jeune pousse chinoise Moonshot AI a présenté, lors de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC) à Shanghai, son modèle Kimi K3. Fort de 2 800 milliards de paramètres, il est présenté comme le plus vaste système open source jamais conçu. Selon la société, ses capacités de raisonnement, de codage et de traitement du langage rivalisent avec celles des modèles les plus avancés d’OpenAI et d’Anthropic, tout en étant librement accessible.

Des performances au sommet des classements

Kimi K3 repose sur une architecture dite « Mixture of Experts » baptisée Stable LatentMoE. Celle-ci active seulement seize experts parmi 896 possibles pour chaque requête, ce qui permet d’optimiser les ressources. Moonshot AI affirme que le modèle atteint un niveau d’intelligence globale qui ne serait dépassé que par Claude Fable 5 d’Anthropic et GPT‑5.6 Sol d’OpenAI. Des évaluations indépendantes confirment en partie ces résultats. Le comparateur Arena AI classe Kimi K3 en première position dans les tests de préférence humaine à l’aveugle, notamment pour l’ingénierie d’interfaces web, où il devance Claude Fable 5. Selon la société d’analyse Vals AI, le modèle chinois se situe juste en dessous de Fable 5 mais devant GPT‑5.6 Sol dans plusieurs tâches clés.

Un déploiement planifié pour fin juillet

Bien que Kimi K3 soit déjà accessible via l’API de Moonshot AI, les poids complets du modèle ne seront rendus publics que le 27 juillet. L’entreprise n’a pas encore précisé les termes de la licence qui accompagnera cette ouverture. Le rapport technique détaillant les méthodes d’entraînement et les évaluations devrait également être publié à cette date. En attendant, Moonshot AI recommande de faire fonctionner le modèle sur des « supernœuds » équipés d’au moins 64 accélérateurs reliés par une interconnexion à haut débit, ce qui souligne les besoins matériels considérables de ce mastodonte.

Un contexte géopolitique tendu

L’annonce coïncide avec le discours du président chinois Xi Jinping à la WAIC, où il a défendu une approche ouverte et coopérative de l’IA. « Le développement de l’IA ne doit pas être une performance solitaire d’un seul pays, mais une symphonie de coopération internationale », a‑t‑il déclaré, ajoutant que la Chine était prête à « saisir les opportunités » avec ses partenaires. Cette intervention intervient quelques semaines après que les autorités américaines ont contraint Anthropic à retirer temporairement ses modèles Fable et Mythos pour des raisons de cybersécurité. Washington considère désormais les modèles dits « frontière » comme des infrastructures critiques soumises à des contrôles stricts à l’exportation. L’arrivée de Kimi K3 suggère que les entreprises chinoises parviennent à contourner ces restrictions et à progresser de manière autonome, malgré l’embargo américain sur les puces les plus avancées.

Réactions des marchés et des concurrents

La nouvelle a eu un impact immédiat sur les places financières. L’indice Nasdaq a perdu environ 1 % vendredi, les investisseurs se délestant des actions de fabricants de semi‑conducteurs comme Nvidia et Intel. En Asie, les titres des concurrents chinois de Moonshot AI – Zhipu et MiniMax – ont chuté respectivement de 27 % et 16 % à la Bourse de Hong Kong. Ces mouvements traduisent une inquiétude face à la capacité de la start‑up à bousculer un marché dominé jusqu’ici par les géants américains.

Un paradoxe persistant pour l’open source

Malgré des performances de pointe, les modèles ouverts chinois comme Kimi K3 restent moins déployés dans les entreprises que les systèmes fermés d’OpenAI, d’Anthropic ou de Google. Les craintes liées à la souveraineté des données et à l’espionnage économique freinent leur adoption, en particulier en Occident. Le coût d’infrastructure nécessaire pour faire tourner localement un modèle de cette taille constitue un autre obstacle. Néanmoins, l’approche ouverte de Moonshot AI pourrait séduire une partie de la communauté des développeurs et accélérer l’innovation en aval, comme ce fut le cas avec DeepSeek quelques mois plus tôt.

Des ambitions soutenues par les géants chinois

Lancée il y a quelques années, Moonshot AI a rapidement grimpé dans l’écosystème chinois de l’IA générative. Elle est massivement soutenue par Alibaba et Tencent, deux des plus grandes entreprises technologiques du pays. Cette assise financière lui a permis de concevoir un modèle d’une ampleur inédite en open source. Avec Kimi K3, la start‑up d’Hangzhou démontre que l’écart technologique avec les États-Unis se réduit plus vite que prévu, alimentant les discussions sur la pérennité de l’avance américaine dans ce secteur stratégique.