Les citoyens suisses votent ce dimanche sur une proposition inédite : instaurer un plafond de population fixé à dix millions de résidents d'ici 2050. Portée par le parti de droite conservatrice Union démocratique du centre (UDC), cette « initiative pour la durabilité » entend réduire la pression sur le logement, les services publics et l'environnement, dans un contexte de croissance démographique rapide.

La population helvétique est passée de 7,3 millions en 2002 à 9,1 millions aujourd'hui, dont 27 % de résidents étrangers. Cette évolution suscite des préoccupations parmi les votants, confrontés à des trains surchargés, des loyers élevés et une hausse des coûts de la santé. Les derniers sondages indiquent une tendance fragile : 52 % des personnes interrogées se disent opposées au projet, tandis que 45 % y sont favorables et qu'une part significative reste indécise.

Un mécanisme contraignant et ses conséquences internationales

La mesure prévoit que le gouvernement prenne des mesures une fois le seuil de 9,5 millions atteint, notamment en limitant l'octroi d'asile et en supprimant le droit au regroupement familial pour les travailleurs étrangers. Si la barre des dix millions était franchie, les accords internationaux conclus par la Suisse, dont la libre circulation des personnes avec l'Union européenne (UE), devraient être dénoncés.

Cette perspective inquiète le patronat suisse. L'économiste en chef de l'association Economiesuisse, Rudolf Minsch, estime qu'une adoption du texte pourrait « compliquer nos relations avec l'Union européenne ». Il rappelle que l'UE reste de loin le premier partenaire commercial de la Confédération et qu'il est « dans notre intérêt d'avoir des relations stables et claires » avec Bruxelles. Les employeurs redoutent également des pénuries de main-d'œuvre, alors que la moitié des employés de l'hôtellerie et une part importante des soignants sont issus de l'immigration.

Un débat polarisé entre préoccupations locales et risques d'isolement

Le débat oppose deux visions incarnées par de jeunes élus locaux issus de l'immigration. Nils Fiechter, 29 ans, représentant de l'UDC au parlement du canton de Berne, dénonce une perte de contrôle : « L'immigration incontrôlée conduit à ce que la Suisse ne soit plus la Suisse. » Il attribue à cette dernière la pénurie de logements, les embouteillages, la saturation des écoles et les tensions sur les services sociaux.

À l'inverse, Helin Genis, 31 ans, conseillère municipale socialiste à Berne, rejette ces arguments comme un bouc émissaire. « Ce ne sont pas les migrants qui déterminent le niveau des loyers, ni qui augmentent les primes d'assurance-maladie, ni qui prennent les décisions politiques sur le logement, les infrastructures ou l'investissement social », affirme-t-elle. Elle ajoute que « voir les problèmes à travers le prisme de la migration ne mène pas à des solutions, mais à la division ».

Entre crainte d'isolement et nécessité de main-d'œuvre

Les opposants au plafond soulignent que 20 % de la population suisse a plus de 65 ans, ce qui rend indispensable l'apport de jeunes travailleurs et contribuables étrangers pour financer les retraites et les soins. Jon Pult, député socialiste, exprime sa crainte de voir la Suisse « seule dans ce monde instable et dangereux ». Il rappelle que le pays, malgré sa neutralité, renforce sa défense et a subi les conséquences de la guerre en Ukraine et des droits de douane américains.

Les affiches de la campagne pour le « non » montrent les visages des présidents américain Donald Trump, russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping, avec la question : « Rompre avec l'Europe en un moment pareil ? » En effet, Washington a imposé des droits de douane de 39 % sur les produits suisses, et un accord pour les ramener à 15 % n'est toujours pas finalisé.

Fiechter, lui, balaie ces mises en garde comme des « peurs », affirmant que l'UE ne laissera pas la Suisse s'isoler car les accords conclus « servent entièrement ses propres intérêts ».