Dans la nuit du 9 au 10 juillet, un convoi exceptionnel a rejoint le British Museum. La tapisserie de Bayeux, vieille de près de mille ans, a franchi la Manche dans une discrétion absolue avant d'être introduite dans les entrailles du musée londonien. Le transfert, dont la date avait été tenue secrète, s'est achevé à 2 h 50 précises, sous les yeux d'un cercle restreint comprenant l'ambassadeur de France au Royaume-Uni et le directeur du British Museum, Nick Cullinan.

Un retour historique L'ouvrage, une broderie de 70 mètres retraçant les événements ayant conduit à la conquête normande de l'Angleterre en 1066, retrouve le sol anglais pour la première fois depuis sa création, vraisemblablement dans des ateliers du sud de l'Angleterre. « C'est un moment extraordinaire, a déclaré Nick Cullinan. Nous avons assisté à l'arrivée de la tapisserie de Bayeux, mais surtout à son retour en Angleterre après près de mille ans. »

Millie Horton-Insch, conservatrice chargée de l'exposition, a confié son émotion : « Les larmes me sont montées aux yeux en voyant le camion reculer dans le quai de déchargement. Savoir que cet objet a été fabriqué par des gens qui ont vécu les événements qu'il représente, c'est profondément bouleversant. »

Un voyage sous très haute protection L'œuvre a été escortée depuis un lieu tenu secret en Normandie par un important dispositif policier. Son conditionnement – un imposant caisson encastré dans un cadre en aluminium – a été extrait du véhicule avec précaution. Le président français Emmanuel Macron avait, un peu plus tôt, posté une image de la tapisserie projetée sur les falaises blanches de Douvres, accompagnée de la mention « merci beaucoup ».

Le prêt de neuf mois, entériné par un accord entre Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer, intervient alors que le musée de Bayeux, où la pièce était exposée depuis 1983, est fermé pour travaux. En contrepartie, le British Museum prête à la France des trésors provenant du trésor de Sutton Hoo ainsi que les pièces d'échecs de Lewis, taillées dans l'ivoire de morse au XIIe siècle.

Des voix se sont élevées contre le transfert Ce déplacement n'a pas fait l'unanimité outre-Manche. Une pétition avait vu le jour pour dénoncer ce qu'elle qualifiait de « crime contre le patrimoine ». L'artiste David Hockney, avant sa disparition, s'était lui aussi opposé au transfert, jugeant que le risque pour l'œuvre était trop élevé. « Certaines choses sont trop précieuses pour être mises en danger », avait-il écrit.

L'exposition, qui doit ouvrir au public en septembre, suscite déjà un engouement considérable. L'ancien chancelier de l'Échiquier George Osborne, président du conseil d'administration du British Museum, avait évoqué « l'exposition événement de notre génération », comparable aux précédentes consacrées à Toutânkhamon ou aux guerriers en terre cuite.