Le marché immobilier de San Francisco connaît une flambée historique, porté par la manne financière de l’intelligence artificielle. Plusieurs géants du secteur s’apprêtent à entrer en Bourse, tandis que les employés de ces entreprises, souvent rémunérés en actions, achètent des biens avec des offres en cash dépassant largement les prix demandés. Certaines propriétés acceptent même d’être payées directement en titres de sociétés comme OpenAI ou Anthropic.
Un appartement à 3 millions de dollars en actions
Un bien immobilier récemment mis en vente à San Francisco illustre cette nouvelle réalité : un appartement proposé à 3 millions de dollars avec la possibilité de régler la transaction en actions d’OpenAI ou d’Anthropic, deux des start-up les plus en vue de l’IA. Cette option, inédite sur le marché résidentiel, témoigne de la confiance des vendeurs dans la valeur future de ces titres, alors que trois grandes entreprises du secteur s’apprêtent à faire leurs débuts en Bourse. L’engouement pour l’IA alimente une demande immobilière sans précédent chez les jeunes cadres fortunés du secteur.
Des acheteurs exclus du marché
Cette ruée vers l’or a des conséquences directes sur les prix. Depuis plusieurs mois, la ville californienne est devenue le marché immobilier le plus cher des États-Unis. Les acheteurs traditionnels, qui ne bénéficient pas des mêmes bonus ou stock-options, peinent à suivre. Alex Belton, infirmière à San Francisco, raconte avoir commencé ses recherches avec un budget de 1,2 million de dollars pour une maison individuelle. « Notre nouveau passe-temps consiste à jongler avec les chiffres, car j’ai l’impression que nous essayons constamment de réévaluer la situation et de nous demander : “Pouvons-nous nous permettre d’augmenter le budget ?” », confie-t-elle. Après plusieurs surenchères infructueuses, le couple a porté son budget à 1,5 million de dollars, puis a finalement recentré sa quête vers le comté de Marin, où les prix médians sont plus abordables.
Un record national
Les données récentes confirment que San Francisco a dépassé toutes les autres métropoles américaines en termes de prix au mètre carré. Le boom de l’IA attire des travailleurs très rémunérés, souvent en capacité de payer comptant et sans condition de financement. Les professionnels de l’immobilier rapportent que les offres dépassent systématiquement les prix de vente, créant une surenchère continue. Dans ce contexte, même les acquéreurs aisés des secteurs traditionnels (finance, droit, santé) se retrouvent exclus de certains quartiers.
L’IA elle-même comme outil d’achat
Paradoxalement, certains acheteurs utilisent désormais des outils d’intelligence artificielle pour analyser le marché et optimiser leurs offres. Des familles ont vendu leur maison via un chatbot plutôt que par l’intermédiaire d’un agent immobilier, une pratique qui gagne en popularité. L’IA devient ainsi à la fois la cause de l’inflation immobilière et un moyen pour les acheteurs de tenter d’y faire face.
Des IPO qui attisent la spéculation
L’entrée en Bourse imminente de plusieurs entreprises d’IA devrait encore accentuer la pression sur le marché. Les employés de ces sociétés, détenant des actions, pourraient réaliser d’importantes plus-values et les réinvestir dans l’immobilier. Les spécialistes anticipent une nouvelle vague d’achats au second semestre. La ville, déjà marquée par une forte demande et une offre limitée, voit ses prix grimper sous l’effet de cette liquidité exceptionnelle.
Un fossé qui se creuse
Ce phénomène renforce les inégalités déjà profondes à San Francisco. Les habitants aux revenus moyens ou modestes sont relégués vers des zones périphériques ou doivent renoncer à la propriété. Le boom de l’IA, s’il crée des emplois et de la richesse, alimente aussi une crise du logement qui préoccupe les autorités locales. Aucune mesure concrète n’a encore été annoncée pour endiguer la flambée, mais la question devrait occuper une place centrale dans le débat municipal dans les mois à venir.