La crise politique autour du budget de la défense s’aggrave au Royaume-Uni. Selon des informations concordantes, plusieurs membres du cabinet de Keir Starmer font désormais pression sur le Premier ministre pour qu’il augmente les dépenses militaires, alors que le pays est secoué par une controverse sur le niveau de financement des forces armées.

Ce mouvement interne au gouvernement intervient après que trois anciens hauts responsables du ministère de la Défense ont publiquement accusé le chef du gouvernement de sous-financer l’armée, une critique qui a trouvé un écho au sein même de l’exécutif. Le secrétaire d’État à la Défense, John Healey, avait quitté ses fonctions en désaccord avec le plan de dépenses présenté par Downing Street, suivi peu après par un second ministre. Ces démissions ont affaibli l’autorité de Starmer et relancé le débat sur la priorité accordée à la sécurité nationale.

Un front interne se dessine

D’après des sources proches du gouvernement, plusieurs ministres auraient fait savoir à Starmer que le budget alloué à la Défense est insuffisant pour répondre aux engagements internationaux du Royaume-Uni et aux menaces actuelles. Certains plaideraient pour une hausse significative des crédits, bien au-delà des 2,5 % du PIB actuellement envisagés par l’exécutif. La pression s’accentue alors que le pays doit notamment honorer ses obligations au sein de l’OTAN et faire face à des défis sécuritaires croissants.

Les tensions sont particulièrement vives au sein du Parti travailliste, où des voix s’élèvent pour dénoncer un écart entre les discours du Premier ministre sur la nécessité de renforcer la défense et la réalité des arbitrages budgétaires. Un proche du dossier a indiqué que les discussions en coulisses étaient « particulièrement tendues » et que plusieurs ministres envisageaient de rendre leur opposition publique si aucune avancée n’était constatée rapidement.

Un contexte de défiance

Les accusations portées par les trois anciens hauts responsables de la Défense, dont les noms n’ont pas été divulgués, ont mis en lumière ce que beaucoup considèrent comme un sous-investissement chronique. Dans une déclaration, ils ont estimé que les forces armées britanniques risquent de perdre leur capacité opérationnelle si des moyens supplémentaires ne sont pas débloqués. Ces critiques ont été relayées par des parlementaires de l’opposition conservatrice, qui réclament un débat d’urgence à la Chambre des communes sur le budget de la défense.

Le départ de John Healey, qui avait justifié sa démission par son refus de cautionner des coupes dans les programmes d’armement, a cristallisé le mécontentement. Le ministre démissionnaire avait notamment évoqué des divergences « insurmontables » avec le Premier ministre sur la priorité à accorder aux équipements militaires face à d’autres dépenses publiques. Son départ a été suivi par celui d’un autre responsable, renforçant l’impression d’une crise de confiance au sommet de l’État.

Quelles options pour Starmer ?

Keir Starmer, qui a jusqu’à présent refusé de céder aux demandes de hausse budgétaire, se trouve dans une position délicate. Alors qu’il s’était engagé en 2024 à augmenter les dépenses de défense à 2,5 % du PIB d’ici 2030, les pressions internes et externes pourraient l’obliger à accélérer le calendrier. Certains observateurs estiment que le Premier ministre pourrait annoncer un nouveau plan de financement lors du prochain sommet de l’OTAN, prévu dans les semaines à venir.

Toutefois, toute décision en faveur d’une hausse des crédits militaires se heurterait à des contraintes budgétaires serrées, dans un contexte de croissance atone et de demande sociale forte. Le Trésor aurait déjà fait savoir que des dépenses supplémentaires devraient être compensées par des économies dans d’autres ministères, ce qui alimente les tensions au sein du cabinet.

Réactions et suites

L’opposition conservatrice, par la voix de son porte-parole à la Défense, a accusé Starmer d’avoir « affaibli le Royaume-Uni » et réclamé sa comparution devant le Parlement. De leur côté, les syndicats de militaires ont exprimé leur inquiétude face à la « lenteur des décisions » et appelé à un engagement clair sur les moyens alloués aux forces armées.

Downing Street n’a pas commenté directement les pressions exercées par les membres du cabinet, se bornant à rappeler que le gouvernement « examine en permanence les besoins de la défense ». Une source proche du Premier ministre a toutefois indiqué que Starmer était « conscient des préoccupations exprimées » et qu’il « travaillait à une réponse appropriée ».

La suite des événements dépendra de la capacité de Starmer à maintenir l’unité de son gouvernement tout en répondant aux critiques. La question du budget de la défense, qui était déjà un sujet épineux avant la crise, pourrait bien devenir le test décisif de son autorité.