Un projet colossal pour sécuriser les débouchés asiatiques
Le gouvernement canadien a déposé jeudi aux autorités fédérales un projet d'oléoduc destiné à transporter jusqu'à un million de barils de pétrole par jour depuis les sables bitumineux du nord de l'Alberta jusqu'à la côte sud de la Colombie-Britannique. L'infrastructure suivra en grande partie le tracé existant de l'oléoduc Trans Mountain, mis en service en 2024. L'objectif affirmé par le premier ministre Mark Carney est de faire du Canada une « superpuissance énergétique » et de réduire sa dépendance écrasante au marché américain, seul débouché actuel pour son pétrole, en ouvrant une voie vers les marchés asiatiques.
Un financement public-privé et des retombées économiques massives
L'entreprise publique Trans Mountain Corporation pilotera le chantier, avec le concours du groupe privé Pembina Pipeline, basé à Calgary. Ce dernier détiendra une participation initiale de 10 %, pouvant être portée à 20 % une fois l'oléoduc en service. Le coût total est estimé entre 35,2 et 43,7 milliards de dollars canadiens. Selon les autorités, le projet devrait générer plus de 200 milliards de dollars d'investissements directs et créer au moins 175 000 emplois à travers le pays. Il pourrait aussi accroître le produit intérieur brut réel du Canada de plus de 0,6 % par an d'ici les années 2040.
Un contexte de tensions commerciales avec les États-Unis
Cette annonce intervient dans un climat de relations tendues avec Washington. Le gouvernement américain a récemment refusé de renouveler l'accord de libre-échange nord-américain avec le Canada et le Mexique, accentuant la volonté d'Ottawa de diversifier ses partenaires commerciaux. Mark Carney a fixé l'objectif de doubler les exportations canadiennes hors des États-Unis d'ici une décennie. Le nouvel oléoduc doit également réduire la décote subie par le brut canadien sur le marché américain.
Des oppositions environnementales et des compromis politiques
Le projet suscite des critiques de la part de groupes environnementaux et de certaines Premières nations. La Colombie-Britannique s'était initialement opposée à un pipeline traversant le nord de la province. Pour obtenir son accord, Ottawa a maintenu l'interdiction du transport de pétrole par pétroliers sur la côte nord de la province et s'est engagé à indemniser la Colombie-Britannique pour les risques environnementaux. La première ministre albertaine Danielle Smith, qui milite pour doubler la production de la province à 8 millions de barils par jour, a salué un partenariat avec l'État fédéral et l'entreprise Pembina. Parallèlement, l'Alberta organise à l'automne un vote public sur la tenue d'un référendum sur une éventuelle sécession, un mouvement séparatiste alimenté par les frustrations passées envers le gouvernement fédéral.
Calendrier et mise en œuvre
Les travaux préparatoires devraient débuter entre 2027 et 2029, pour une mise en service prévue entre 2032 et 2034. Le tracé reliera Bruderheim, au nord-est d'Edmonton, à la côte sud de la Colombie-Britannique, d'où le pétrole pourra être chargé sur des pétroliers à destination de l'Asie.