Le capitaine du pétrolier Tagor, arraisonné en haute mer dans l’Atlantique par la marine nationale, a été placé en garde à vue mardi. L’annonce a été faite par le procureur de la République de Brest, Stéphane Kellenberger, qui a précisé que le marin était entendu dans le cadre d’une enquête ouverte pour violation des sanctions européennes visant la Russie.
Le Tagor, un navire-citerne suspecté de faire partie de la « flotte fantôme » de Moscou – ces bâtiments vieillissants qui transportent du pétrole en contournant les embargos – avait été intercepté le 1er juin par des bâtiments de la marine française, assistés de forces alliées. L’opération s’était déroulée dans les eaux internationales de l’Atlantique Nord, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes françaises.
Les faits reprochés
Selon les premiers éléments de l’enquête, le pétrolier serait impliqué dans un vaste réseau de contournement des restrictions imposées par l’Union européenne sur les exportations de pétrole brut russe. Ces mesures, adoptées depuis 2022, interdisent l’importation de brut transporté par des navires liés au Kremlin, ainsi que toute prestation d’assistance technique ou financière à de tels trajets. Le Tagor aurait transbordé sa cargaison en mer, une pratique courante parmi les navires de la flotte fantôme pour masquer l’origine du pétrole.
Le commandant, un ressortissant russe, est soupçonné d’avoir sciemment enfreint ces interdictions. Il pourrait être poursuivi pour « violation des mesures restrictives de l’Union européenne », un délit passible d’une peine d’emprisonnement et d’une amende importante. Le parquet de Brest, compétent pour les affaires maritimes, a ouvert une information judiciaire.
Une coopération internationale
L’arraisonnement du Tagor constitue l’une des premières opérations de ce type menées par la France seule en haute mer. Il s’inscrit dans un effort coordonné avec plusieurs partenaires européens et le Royaume-Uni pour traquer les navires qui violent les sanctions. Le ministre des Transports avait salué « une action déterminée » contre les pratiques illicites, sans toutefois donner de détails sur les modalités de l’interception.
Des sources proches du dossier indiquent que le navire avait été repéré plusieurs jours avant l’intervention par des moyens de surveillance satellitaire et aérienne. Les équipes de la marine ont ensuite procédé à l’abordage, fouillé le bâtiment et recueilli les documents de bord. Le Tagor a depuis été conduit dans un port breton, où il fait l’objet d’expertises complémentaires.
La flotte fantôme dans le viseur
La notion de « flotte fantôme » désigne un ensemble de pétroliers souvent âgés, dont la propriété est opaque et qui pratiquent des transbordements en mer pour dissimuler la provenance du brut. Selon des estimations récentes, plusieurs centaines de navires seraient actifs, permettant à la Russie de maintenir ses recettes pétrolières malgré le plafonnement des prix imposé par le G7 et l’UE.
Les autorités françaises multiplient les actions contre ces pratiques. En mars dernier, un autre pétrolier suspect avait été immobilisé en Manche. L’affaire du Tagor marque une escalade, avec la mise en cause directe du commandant de bord, une mesure rare.
Prochaines étapes judiciaires
Le capitaine arrêté doit être présenté à un juge d’instruction dans les prochains jours. La justice devra statuer sur son éventuel placement en détention provisoire. Parallèlement, l’enquête se poursuit pour identifier les propriétaires réels du navire et le circuit de la cargaison.
L’Union européenne a salué cette opération comme un signal fort envoyé aux réseaux de contournement des sanctions. Bruxelles a rappelé que des efforts diplomatiques étaient en cours pour renforcer la coopération maritime entre États membres.
Cette affaire devrait occuper une place importante dans les discussions bilatérales entre la France et la Russie, déjà tendues sur fond de guerre en Ukraine. Moscou dénonce régulièrement ce qu’elle considère comme des « actes de piraterie », mais aucun commentaire officiel n’a été émis depuis l’interpellation.