Le principal parti d'opposition turc traverse une crise sans précédent. L'ancien dirigeant du Parti républicain du peuple (CHP), Özgür Özel, a déclaré mardi devant plusieurs dizaines de députés qu'il quittait la formation et qu'il allait lancer un nouveau mouvement politique. « Nous sommes au bord d'un adieu triste, devenu inévitable, mais nous portons l'espoir d'un nouveau départ », a-t-il affirmé devant plus de quatre-vingts parlementaires du CHP.
Une scission actée après des mois de tensions
Özgür Özel avait été démis de ses fonctions de président du CHP par un tribunal en mai dernier. La même décision judiciaire avait réinstallé l'ancien chef du parti, Kemal Kılıçdaroğlu, à la tête de la formation à titre intérimaire. Depuis, les deux hommes s'opposaient sur la manière de régler durablement la question de la direction. Ce désaccord a paralysé le parti et nourri des luttes internes. En annonçant son départ et la création de sa propre structure, Özel met fin à des mois d'incertitude.
Le « Yeni Parti » en préparation
Selon les informations disponibles, Özel doit déposer une demande officielle auprès du ministère de l'Intérieur pour enregistrer sa nouvelle formation. Celle-ci devrait s'appeler « Yeni Parti », ce qui signifie « Nouveau Parti » en turc. Il bénéficie d'un large soutien parmi les députés du CHP, et nombre d'entre eux sont attendus en défection dans les prochains jours. « Une fois les procédures nécessaires terminées, le nouveau parti que nous allons établir deviendra la principale force d'opposition à la Grande Assemblée nationale », a promis Özel.
Un contexte politique tendu
Les partisans d'Özel estiment que la procédure judiciaire qui a conduit à son éviction fait partie d'une vaste campagne menée par le président Recep Tayyip Erdoğan pour affaiblir l'opposition. Le gouvernement rejette ces accusations et affirme que les tribunaux turcs agissent en toute indépendance. Cette scission fragilise encore davantage le CHP, déjà affaibli par sa défaite aux élections de 2023 et par des divisions internes récurrentes. La création du « Yeni Parti » pourrait disperser les voix des électeurs hostiles à Erdoğan, compliquant toute tentative d'union des oppositions.
Une nouvelle donne politique
Özgür Özel, qui avait pris la tête du CHP après le scrutin de 2023 en promettant un renouvellement, voit aujourd'hui son autorité contestée. En fondant un nouveau parti, il espère capitaliser sur son capital politique personnel et sur le mécontentement d'une partie des élus et des militants lassés par les querelles internes. Reste à savoir si cette formation parviendra à s'imposer comme une alternative crédible face au parti au pouvoir, ou si elle contribuera à fragmenter durablement l'opposition turque. Les prochains jours seront décisifs pour mesurer l'ampleur des ralliements et la date officielle de lancement du « Yeni Parti ».