La scène politique turque s’apprête à connaître une recomposition majeure. Özgür Özel, ancien président du Parti républicain du peuple (CHP) destitué par un tribunal en mai dernier, a officialisé mardi son départ du parti et son projet de créer une nouvelle formation. Devant plus de quatre-vingts députés du CHP réunis au Parlement, il a déclaré que ce départ, bien que douloureux, portait « l’espoir d’un nouveau commencement ».

Une scission consommée après des mois de tensions

Özgür Özel avait été démis de ses fonctions à la tête du CHP par une ordonnance judiciaire rendue en mai, qui avait simultanément rétabli l’ancien dirigeant Kemal Kılıçdaroğlu comme chef intérimaire du parti. Cette décision avait ravivé une lutte de pouvoir interne : les deux hommes s’opposaient sur la manière de régler définitivement la question de la direction du parti, alimentant des semaines de querelles intestines. Le départ de M. Özel et de son équipe marque l’échec de toute tentative de réconciliation.

Selon le chef de l'opposition évincé, la démission de son équipe de la direction du CHP ne signifie pas une capitulation face aux pressions, mais le début d’une « nouvelle forme d’opposition » au président Recep Tayyip Erdoğan. Les partisans de M. Özel considèrent que son éviction judiciaire s’inscrit dans une campagne orchestrée par le pouvoir pour affaiblir l’opposition, tandis que le gouvernement assure que les tribunaux turcs agissent en toute indépendance.

Le « Nouveau Parti » en gestation

Özgür Özel devrait prochainement déposer une demande d’enregistrement auprès du ministère de l’Intérieur pour fonder sa nouvelle formation politique. Celle-ci devrait porter le nom de « Yeni Parti » (Nouveau Parti en turc). De nombreux députés du CHP, qui lui sont restés fidèles, devraient faire défection pour le rejoindre une fois la procédure achevée. M. Özel a lui-même affirmé, devant les parlementaires, qu’une fois les formalités accomplies, sa nouvelle formation deviendrait « la principale force d’opposition au sein de la Grande Assemblée nationale ».

Cette scission constitue un séisme pour le CHP, principale formation d’opposition en Turquie depuis des décennies. Le parti, déjà fragilisé par les revers électoraux et les divisions internes, voit une partie significative de ses élus le quitter pour suivre M. Özel. La création du « Nouveau Parti » pourrait rebattre les cartes de l’opposition turque, en offrant une alternative à ceux qui estiment que le CHP, sous la direction intérimaire de Kılıçdaroğlu, n’est plus en mesure de contester efficacement la domination du parti au pouvoir.

Un pari risqué pour l’opposition

Si M. Özel bénéficie d’un soutien solide parmi les parlementaires, le succès de sa nouvelle entreprise politique reste incertain. La législation turque impose des seuils électoraux élevés, et la multiplication des partis d’opposition pourrait fragmenter davantage un camp déjà divisé, au bénéfice du président Erdoğan. Les mois à venir seront décisifs : la capacité du « Nouveau Parti » à rassembler au-delà des seuls transfuges du CHP, à structurer une organisation nationale et à présenter un programme crédible déterminera s’il parvient à s’imposer comme une véritable force politique. En attendant, la rupture au sein du CHP est consommée, ouvrant une période d’incertitude pour l’opposition turque à l’approche des prochaines échéances électorales.