La religion occupe une place croissante dans le quotidien des entreprises françaises. La neuvième édition du baromètre du fait religieux en entreprise, publiée par l’Institut Montaigne, révèle que jamais depuis 2013 le phénomène n’a atteint une telle ampleur. D’après cette étude, 79 % des personnes interrogées disent avoir eu à faire à des faits religieux dans le cadre professionnel, un niveau record. L’an dernier, ce taux n’était pas mentionné, mais la progression est nette par rapport aux éditions précédentes : en 2022, seuls 19 % des répondants citaient le port de signes religieux, contre un salarié sur deux aujourd’hui.
Des signes ostensibles et des pratiques qui se multiplient
Le port du voile islamique est de loin le signe religieux le plus fréquemment signalé. Il est évoqué par la moitié des salariés ayant rapporté un fait religieux, soit une hausse considérable par rapport à 2022. Dans l’ensemble, 55 % des salariés croyants et pratiquants affirment avoir déjà porté un signe religieux au travail. Au-delà des seuls signes, l’étude note l’apparition de « faits plus transgressifs », tels que le prosélytisme ou le refus de mixité.
L’islam est surreprésenté dans les situations rapportées : il est impliqué dans 85 % des cas. Le protestantisme évangélique (17 %) et le judaïsme (14 %) sont également mentionnés, mais de manière bien moins fréquente. Ces chiffres peuvent se cumuler car certains faits impliquent plusieurs religions.
Une féminisation du phénomène
Autre tendance notable : la part des situations impliquant uniquement des femmes a progressé. Elle représente désormais 31 % des cas, contre 26 % pour celles concernant exclusivement des hommes. Lionel Honoré, directeur de l’Observatoire du fait religieux en entreprise et auteur de l’étude, nuance toutefois ce constat : « Les cas les plus problématiques, ceux qui sont sources de tensions, concernent toujours davantage les hommes. »
Un appel croissant à étendre la laïcité
Face à cette omniprésence, les salariés sont de plus en plus nombreux à réclamer un encadrement plus strict. Ainsi, 81 % des personnes interrogées estiment que le principe de neutralité religieuse, issu de la laïcité, devrait être élargi aux organisations privées. En 2019, cette opinion n’était partagée que par 36 % des répondants. Un changement d’attitude majeur en l’espace de quelques années.
Des entreprises peu préparées
Les employeurs semblent pour l’heure insuffisamment outillés pour faire face à cette évolution. Seul un quart des entreprises a mis en place des formations spécifiques à la gestion du fait religieux. Plus d’une situation sur deux nécessite une intervention hiérarchique, et selon Lionel Honoré, « quand il y a conflit, les chefs d’équipe sont souvent désemparés ».
Un débat récurrent
Ce baromètre, réalisé chaque année par l’Institut Montaigne, suscite régulièrement des débats sur la place de la religion dans l’espace professionnel. Les résultats de cette édition 2026 marquent une accélération du phénomène, que les observateurs attribuent à une affirmation identitaire plus forte dans la société française. Les pouvoirs publics et les partenaires sociaux sont désormais attendus sur les moyens de concilier liberté religieuse et bon fonctionnement des entreprises.