La place de la religion dans le monde professionnel n’a jamais été aussi prégnante en France. Selon l’édition 2026 du baromètre de l’Institut Montaigne, 79 % des personnes interrogées déclarent avoir été témoins ou impliquées dans une situation à caractère religieux sur leur lieu de travail. Ce taux, inédit depuis le lancement de cette étude en 2013, marque une progression significative par rapport aux années précédentes.
Une écrasante majorité liée à l’islam
Parmi les confessions concernées, l’islam est associé à 85 % des cas répertoriés, une proportion très largement majoritaire. Le judaïsme (14 %) et le protestantisme évangélique (17 %) sont mentionnés bien plus rarement. Lionel Honoré, directeur de l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise et auteur de l’étude, souligne que si l’islam domine les signalements, ce constat doit être mis en regard de la visibilité de certains signes.
Le voile islamique, signe le plus fréquent
Le port de signes religieux ostensibles est la manifestation la plus courante. Il concerne un salarié sur deux, le voile islamique arrivant en tête des objets signalés. Cette pratique a connu une forte hausse : en 2022, elle n’était mentionnée que par 19 % des répondants. Au-delà des apparences vestimentaires, l’étude relève des « faits plus transgressifs » comme le prosélytisme ou le refus de mixité entre hommes et femmes. Lionel Honoré précise que « les cas les plus problématiques, ceux qui sont sources de tensions, concernent toujours davantage les hommes ».
Une féminisation du phénomène
Les situations impliquant uniquement des femmes représentent désormais 31 % des cas, contre 26 % pour celles ne concernant que des hommes. Cette évolution traduit une visibilité accrue des pratiques religieuses féminines en milieu professionnel. Par ailleurs, 55 % des salariés se déclarant croyants et pratiquants affirment avoir déjà arboré un signe religieux au travail.
Un plébiscite pour étendre la laïcité au privé
Face à cette montée des expressions religieuses, l’opinion des salariés évolue nettement. D’après le baromètre, 81 % des personnes interrogées estiment que le principe de neutralité religieuse, issu de la laïcité, devrait être étendu aux organisations privées. En 2019, cette mesure n’était soutenue que par 36 % des répondants, soit un bond de 45 points en sept ans.
Des entreprises peu préparées
Malgré l’ampleur du phénomène, les entreprises semblent démunies. Seul un quart d’entre elles a mis en place des formations spécifiques à la gestion du fait religieux. Lionel Honoré constate que « quand il y a conflit, les chefs d’équipe sont souvent désemparés ». Plus d’une situation sur deux nécessite en effet une intervention de la hiérarchie pour être résolue.