Le Conseil d’État a tranché. Saisi par plusieurs députés du Rassemblement national, le juge administratif suprême a déclaré irrecevable le recours visant à contester la nomination de Najat Vallaud-Belkacem en tant que magistrat à la Cour des comptes. Cette décision, rendue publique ces derniers jours, met fin à la contestation engagée contre cette nomination intervenue au printemps.
Une contestation politique sans suite juridique
Les élus du parti d’extrême droite avaient déposé un recours devant le Conseil d’État pour faire annuler la désignation de l’ancienne ministre de l’Éducation nationale et des Droits des femmes, nommée sur décision du président de la République. Ils estimaient que cette nomination ne respectait pas les conditions de compétence et d’indépendance requises pour siéger à la haute juridiction financière. Leur argumentation portait notamment sur le parcours politique de l’intéressée, jugé incompatible avec les fonctions de contrôle des comptes publics.
La plus haute juridiction administrative n’a toutefois pas examiné le fond de ces griefs. Elle a estimé que les députés requérants ne justifiaient pas d’un intérêt à agir suffisant pour contester un acte individuel de nomination relevant du pouvoir exécutif. En droit administratif français, le recours pour excès de pouvoir contre une nomination individuelle n’est en principe ouvert qu’aux personnes directement concernées ou justifiant d’un intérêt légitime, ce que les parlementaires n’ont pas démontré selon le Conseil d’État.
Une nomination qui continue de susciter des réactions
La désignation de Najat Vallaud-Belkacem à la Cour des comptes, officialisée au début de l’été, avait provoqué des remous dans la classe politique. Plusieurs voix, tant à droite qu’à l’extrême droite, avaient dénoncé une « pantouflage » ou une « récompense politique » pour celle qui avait occupé des responsabilités ministérielles sous les quinquennats de François Hollande. L’intéressée a, de son côté, toujours défendu la légitimité de sa nomination, rappelant sa formation en droit et son expérience des affaires publiques.
Avec cette décision du Conseil d’État, la voie est désormais libre pour que l’ancienne ministre prenne ses fonctions de magistrate à la Cour des comptes. Elle y intégrera l’une des chambres chargées du contrôle de l’utilisation des deniers publics. Cette issue confirme la jurisprudence constante du Conseil d’État selon laquelle les nominations individuelles aux emplois supérieurs de l’État ne sont pas facilement contestables par des tiers, sauf à démontrer un intérêt direct et personnel.
Un précédent pour les contestations de nominations
Cette affaire illustre les limites du contrôle juridictionnel des nominations discrétionnaires du chef de l’État. Si le Parlement dispose de pouvoirs d’enquête, il ne peut bloquer une nomination individuelle par la voie contentieuse sans un intérêt à agir reconnu. Les députés du Rassemblement national ont indiqué qu’ils prenaient acte de cette décision, sans pour autant renoncer à dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive des pratiques de nomination. Aucun autre recours n’a été annoncé à ce stade.
La nomination de Najat Vallaud-Belkacem à la Cour des comptes s’inscrit dans le cadre des dispositions du statut général de la fonction publique et des règles spécifiques à cette institution. L’ancienne ministre devra, comme tout magistrat financier, se soumettre aux obligations de déontologie et d’impartialité propres à sa nouvelle fonction.