Le département de la Justice américain a clos son examen antitrust du projet de fusion entre Paramount et Warner Bros. Discovery, estimant que l'opération ne menace ni la concurrence ni les consommateurs dans les secteurs du cinéma, de la télévision hertzienne et de la diffusion en continu. Cette décision, annoncée le 12 juin, constitue un feu vert majeur pour une transaction évaluée à environ 111 milliards de dollars.
L'accord, qui unirait deux des cinq plus grands studios hollywoodiens, est porté par l'homme d'affaires David Ellison, qui a acquis Paramount l'année dernière avec le soutien de son père Larry Ellison, fondateur du géant informatique Oracle et proche du président Trump. Après avoir racheté Paramount, David Ellison a ensuite surenchéri sur Netflix pour s'emparer de Warner Bros. Discovery. Le nouvel ensemble comprendrait les studios de cinéma des deux groupes, deux grandes plateformes de streaming — Paramount+ et HBO Max — ainsi que deux chaînes d'information majeures, CBS News et CNN.
Des obstacles juridiques encore possibles
Si le feu vert fédéral lève un obstacle de taille, l'opération n'est pas encore totalement sécurisée. Plusieurs procureurs généraux d'États, dont la Californie, ont fait savoir qu'ils examinaient le dossier de près et pourraient déposer un recours au nom du droit de la concurrence local. Par ailleurs, la Commission européenne mène sa propre enquête sur les effets transfrontaliers de la fusion.
Le rapprochement suscite des inquiétudes parmi les professionnels du secteur : la réduction du nombre de grands acheteurs de scénarios et d'employeurs d'acteurs et d'équipes techniques pourrait, selon les critiques, faire baisser les salaires et les prix payés pour les contenus créatifs. Le département de la Justice avait d'ailleurs bloqué en 2022 une opération d'édition sur la base d'arguments similaires.
Un paysage médiatique remodelé
La fusion Paramount-Warner Bros. Discovery donnerait naissance à un conglomérat pesant plusieurs dizaines de milliards de dollars de chiffre d'affaires, capable de rivaliser avec les géants du streaming comme Netflix, Disney ou Amazon. Le studio Warner Bros. est notamment à l'origine de franchises comme « Superman », « A Minecraft Movie » et « Sinners », tandis que Paramount possède un catalogue historique de films et de séries.
L'annonce de l'approbation du département de la Justice intervient alors que les marchés financiers et les analystes surveillent les conditions que pourraient imposer les régulateurs étrangers. Aucune décision n'a encore été rendue publique concernant l'enquête européenne, qui pourrait exiger des cessions d'actifs ou des engagements sur l'accès aux contenus.
Les familles Ellison, déjà influentes dans la tech, consolident ainsi une position de premier plan dans l'industrie des médias et du divertissement aux États-Unis. La suite du processus dépendra des recours éventuels des États et de l'issue des investigations européennes.