La Région Île-de-France franchit un cap dans sa politique d’aménagement numérique. Le conseil régional a validé le 25 juin une stratégie dédiée aux data centers pour la période 2026-2028, une première pour ce territoire qui concentre l’essentiel des infrastructures françaises. Alors que des projets suscitent des oppositions locales, comme à Fouju, où le plus grand data center d’Europe est contesté, la collectivité entend désormais choisir les implantations plutôt que de les subir.

Un besoin de souveraineté affirmé

« Les data centers conditionnent notre souveraineté », a déclaré Alexandra Dublanche, vice-présidente de la région, citant la récente coupure d’accès aux derniers modèles du laboratoire d’intelligence artificielle Anthropic par la Maison Blanche. L’ambition affichée est de faire de l’Île-de-France « le leader européen des data centers souverains ». La stratégie adoptée vise à renforcer l’autonomie stratégique de la France tout en répondant à l’explosion des besoins en calcul liée à l’intelligence artificielle.

Un territoire déjà très dense

Selon le rapport régional, la région accueille 44 % des 322 data centers recensés en France fin 2024 et concentre surtout 65 à 70 % de la capacité électrique installée, ce qui signifie que les infrastructures les plus puissantes y sont implantées. Plusieurs atouts expliquent cette attractivité : une alimentation électrique largement décarbonée grâce au nucléaire, une très forte densité de réseaux de fibre optique, la proximité des sièges sociaux français et un écosystème académique et technologique développé.

Des projets d’envergure soutenus

La région cite notamment le data center d’Éclairion, situé à Bruyères-le-Châtel (Essonne), qui a bénéficié d’un soutien de 3 millions d’euros. Implanté près du campus Teratec et du Très Grand Centre de Calcul (TGCC) du CEA, ce site héberge le supercalculateur de la start-up Mistral AI et met des capacités de calcul à disposition de jeunes entreprises deeptech dans le cadre du programme IA-CTION.

Un cadre plus strict pour les implantations

La nouvelle stratégie régionale marque un changement de paradigme : il ne s’agit plus seulement d’attirer des infrastructures mais de sélectionner celles qui présentent le plus d’intérêt pour le territoire. Les collectivités locales se voient accorder davantage de poids dans l’instruction des projets. Les exigences environnementales sont également renforcées, alors que des controverses locales, comme à Fouju, mettent en lumière les préoccupations des riverains face à la consommation d’eau, d’énergie et à l’impact paysager de ces méga-structures.

Enjeux d’emploi et de développement local

Si les investissements se chiffrent en milliards d’euros, la création d’emplois directs reste limitée, ce qui alimente les débats dans les communes d’accueil. La région entend donc mieux évaluer les retombées économiques locales et s’assurer que les projets contribuent réellement au dynamisme du territoire, au-delà de la simple installation de serveurs. La stratégie pour 2026-2028 vise ainsi à concilier attractivité, souveraineté numérique et acceptabilité sociale.