À quelques jours d'une date butoir redoutée, le secteur privé sud-africain monte en première ligne face à la menace de violences xénophobes. Plusieurs entreprises ont offert de mettre des drones à la disposition des forces de l'ordre, une initiative destinée à renforcer la surveillance et à dissuader d'éventuels heurts.
Cette mobilisation inédite intervient dans un climat de très forte tension. Depuis plusieurs semaines, des groupuscules anti-migrants multiplient les menaces et les appels au départ forcé des ressortissants étrangers, en particulier ceux originaires d'autres pays africains. Un ultimatum, dont la date exacte n'a pas été officiellement confirmée, plane sur les communautés immigrées, provoquant un exode préventif et une psychose générale.
Un appui technologique pour la police
Face à l'ampleur des risques, des dirigeants d'entreprises ont pris contact avec les autorités pour proposer un soutien logistique. Des drones équipés de caméras thermiques et de capacités de vision nocturne pourraient être déployés afin de quadriller les quartiers sensibles et de détecter les attroupements suspects. Cette coopération public-privé vise à compenser les moyens parfois limités de la police, tout en offrant une capacité de réaction rapide.
Les forces de l'ordre, qui ont déjà renforcé leurs effectifs dans plusieurs zones à risque, accueillent favorablement cette aide. Selon des sources proches du dossier, des discussions sont en cours pour définir les modalités exactes de cet appui, qui pourrait inclure la mise à disposition d'opérateurs privés formés. L'objectif affiché est d'éviter une répétition des scènes de chaos qui ont émaillé les précédentes poussées de violence xénophobe en Afrique du Sud.
Une économie sous pression
Au-delà de l'aspect sécuritaire, cette initiative reflète l'inquiétude du monde économique. Les entrepreneurs sud-africains redoutent que des émeutes ne viennent paralyser l'activité dans les grandes métropoles, notamment à Johannesburg et dans la province du Gauteng. Le souvenir des émeutes de 2021, qui avaient causé des milliards de rands de dégâts, hante encore les esprits.
Le secteur informel, où travaillent de nombreux migrants, est particulièrement vulnérable. Des commerces tenus par des étrangers ont déjà été la cible de pillages et d'incendies criminels ces dernières semaines. Plusieurs organisations patronales ont appelé le gouvernement à garantir la sécurité des personnes et des biens, sans distinction de nationalité.
Une réponse politique attendue
Cette escalade de la tension met la coalition au pouvoir face à ses responsabilités. L'exécutif, déjà fragilisé par des dissensions internes sur la question migratoire, peine à formuler une réponse unifiée. Si des condamnations de principe des violences ont été émises, aucune mesure concrète de protection systématique des migrants n'a été annoncée.
Le président de la République, sans s'exprimer directement sur l'ultimatum, a récemment rappelé l'attachement de l'Afrique du Sud aux principes de l'unité africaine et de l'hospitalité. Mais ses déclarations n'ont pas suffi à apaiser les craintes des communautés étrangères, dont beaucoup se sentent abandonnées par les autorités.
Une solidarité régionale en alerte
Les pays voisins observent la situation avec une vive préoccupation. Le Malawi, dont plusieurs ressortissants ont été pris pour cible, a déjà organisé le rapatriement de centaines de ses citoyens. D'autres États comme le Zimbabwe et le Mozambique ont mis en garde leurs ressortissants et renforcé les contrôles à la frontière.
Alors que l'échéance fatidique approche, la mobilisation des entreprises privées et des drones pourrait constituer un barrage technologique contre la barbarie. Mais seule une réponse politique forte et inclusive parviendra, à long terme, à désamorcer la dynamique de haine qui empoisonne la société sud-africaine.