Le milliardaire Frank Stronach, fondateur du géant automobile Magna International, a été reconnu coupable d'agression sexuelle et d'attentat à la pudeur par la Cour supérieure de justice de l'Ontario, à Toronto, ce vendredi 19 juin. Le verdict, rendu par la juge Anne Molloy, concerne deux victimes distinctes et des faits qui se sont déroulés il y a plusieurs décennies.
L'acquittement a en revanche été prononcé pour trois autres chefs d'accusation portant sur des agressions sexuelles impliquant deux autres plaignantes. Au total, M. Stronack avait plaidé non coupable face à une douzaine de chefs d'inculpation émanant de sept femmes, les faits allégués s'étalant des années 1970 aux années 1990. Cinq chefs d'accusation avaient été abandonnés par le parquet après l'ouverture du procès en février.
Les faits jugés
L'une des condamnations concerne une relation sociale. La plaignante, une connaissance âgée de 25 ans à l'époque, a témoigné être allée à l'appartement de Frank Stronach après un dîner en 1977. Sur place, l'homme d'affaires aurait soulevé sa jupe et adopté un comportement que la magistrate a qualifié de « grossier et dégoûtant ».
La seconde victime, pour laquelle M. Stronach a été reconnu coupable d'agression sexuelle, travaillait comme serveuse dans un restaurant lui appartenant. Elle a affirmé avoir été caressée à plusieurs reprises par le milliardaire alors qu'elle tentait de quitter son appartement, après un dîner organisé pour discuter de son licenciement.
Dans les cas où l'acquittement a été prononcé, la juge Molloy a indiqué n'avoir pas été en mesure d'établir si la plaignante avait consenti aux relations sexuelles.
Un parcours jalonné de controverses
Frank Stronach, aujourd'hui âgé de 93 ans, a bâti sa fortune à partir d'un garage loué, donnant naissance à Magna International, un équipementier automobile devenu un acteur mondial. Sous sa direction, l'entreprise a assemblé des véhicules pour Mercedes-Benz, tenté de racheter Chrysler et Opel, et s'est diversifiée dans des secteurs aussi variés que les restaurants, les magazines, les golfs ou les courses de chevaux – souvent sans succès.
Il a également investi dans la politique autrichienne en fondant le parti « Team Stronach », qui remporta deux sièges au parlement régional avant de s'effondrer. Sa fille, Belinda Stronach, ancienne ministre fédérale canadienne aujourd'hui à la tête des activités hippiques et de jeux de la famille, semble être en froid avec lui.
L'homme d'affaires avait déjà fait parler de lui en 2007, lors d'une assemblée générale de Magna, où il avait demandé aux actionnaires laquelle de deux personnes – lui ou son assistant – était la plus attirante pour les femmes, un épisode qui illustrait une longue série de propos déplacés.
Un autre procès à venir
M. Stronach doit faire face à un nouveau procès pour agression sexuelle l'année prochaine, selon les informations disponibles. Entre-temps, il n'a plus aucun lien avec Magna International depuis 2010, année où il a cédé le contrôle de l'entreprise en échange d'environ un milliard de dollars.