Le Japon a franchi une étape majeure dans la réforme de son système monarchique sans pour autant ouvrir le trône aux femmes. La chambre haute du Parlement a donné son aval, vendredi 17 juillet, à un projet de loi modifiant les règles de succession impériale. Le texte, déjà approuvé par la chambre basse la semaine précédente, constitue le premier amendement au corps principal de la loi sur la maison impériale depuis 1949.

Des mesures pour enrayer le déclin de la famille impériale

La nouvelle législation vise à remédier à la contraction numérique de la famille impériale, qui ne compte plus que cinq hommes adultes sur seize membres. Pour garantir la pérennité de la lignée, le texte autorise le retour par adoption de descendants masculins de onze branches impériales écartées après la Seconde Guerre mondiale. Ces hommes, âgés d’au moins quinze ans, pourront être intégrés à la famille impériale et, à terme, engendrer des héritiers mâles. Par ailleurs, les princesses qui épousent un roturier ne perdront plus leur statut royal, une disposition qui vise à freiner l’érosion des effectifs.

Maintien de l’interdiction des impératrices régnantes

Malgré ces assouplissements, la barrière empêchant les femmes de monter sur le trône demeure. La princesse Aiko, fille unique de l’empereur Naruhito et de l’impératrice Masako, reste inéligible à la succession. À vingt-quatre ans, elle est pourtant très populaire dans l’opinion et serait la candidate naturelle si le sexe n’était pas un obstacle. Selon plusieurs enquêtes d’opinion récentes, plus de 70 % des Japonais se disent favorables à l’accession d’une femme au trône. L’une d’elles, réalisée par le quotidien Mainichi Shimbun auprès de deux mille participants, situe même ce soutien à plus de 70 %, tandis qu’un sondage de l’agence Kyodo News indique que 83 % des personnes interrogées approuveraient une impératrice.

Une ligne de succession fragilisée

L’actuel ordre de succession place en première position le prince Fumihito, frère cadet de l’empereur, âgé de soixante ans. Vient ensuite son fils, le prince Hisahito, dix-neuf ans, seul héritier mâle de moins de soixante ans. Troisième sur la liste figure l’oncle de l’empereur, âgé de quatre-vingt-dix ans. Si le prince Hisahito n’avait pas de fils, la lignée directe s’éteindrait. La réforme vise précisément à éviter ce scénario en permettant l’adoption de parents éloignés, mais sans jamais remettre en cause le principe patrilinéaire.

Une réforme controversée

Le premier ministre Sanae Takaichi, première femme à diriger le gouvernement nippon, a apporté son soutien à cette révision, estimant que la transmission par les hommes constitue le fondement de la légitimité impériale. Cette position est partagée par les conservateurs au sein du parti au pouvoir. Pourtant, des voix s’élèvent pour dénoncer une occasion manquée. Hideya Kawanishi, spécialiste de la monarchie à l’université de Nagoya, a déclaré que cette réforme « est une déclaration pour empêcher les monarques femmes et pour défendre la lignée masculine à tout prix. Ils ne peuvent pas dire qu’il s’agit de machisme, alors ils appellent cela la tradition. »

Une dynastie millénaire en mutation

Le Japon possède la plus ancienne monarchie héréditaire continue du monde, dont les origines remonteraient à plus de 2 600 ans. La loi sur la maison impériale, qui régit la succession, n’avait pas connu de révision d’ampleur depuis 1949. Les nouvelles dispositions doivent maintenant franchir les dernières étapes procédurales avant d’entrer en vigueur. Si elles répondent partiellement à l’urgence démographique, elles laissent entier le débat sur la place des femmes dans l’institution impériale, un sujet qui continue de diviser la société japonaise.