Le parlement japonais a entériné vendredi une modification de la loi sur la maison impériale, la première révision d’ampleur du texte depuis son adoption au milieu du XXe siècle. Face à la diminution continue du nombre de membres de la famille impériale, les mesures adoptées visent à garantir la pérennité de la lignée masculine, tout en maintenant l’interdiction faite aux femmes de monter sur le trône.

Adoption de parents masculins et maintien du rang des princesses

Le texte, approuvé par la chambre haute après un passage à la chambre basse la semaine précédente, autorise désormais l’adoption de descendants mâles issus d’onze anciennes branches impériales, qui avaient été exclues après la Seconde Guerre mondiale. Ces hommes, âgés d’au moins quinze ans, pourront être intégrés à la famille impériale afin d’élargir le vivier d’héritiers potentiels. Par ailleurs, les princesses qui épousent un roturier ne perdront plus leur statut royal, une disposition qui vise à freiner l’érosion numérique de la maison impériale.

Ces deux mesures sont présentées comme un compromis pour assurer la stabilité de la succession sans toucher au principe de la primogéniture masculine. La princesse Aiko, fille unique de l’empereur Naruhito, demeure inéligible au trône en raison de son sexe, malgré une popularité notable dans l’opinion publique.

Un ordre de succession fragilisé

Actuellement, le premier dans l’ordre de succession est le prince héritier Fumihito, âgé de soixante ans, frère cadet de l’empereur. Vient ensuite son fils, le prince Hisahito, dix-neuf ans, seul garçon né dans la famille impériale depuis quarante ans. Le troisième et dernier héritier masculin est un oncle de l’empereur âgé de quatre-vingt-dix ans. Si le prince Hisahito n’avait pas de fils, la ligne de succession serait interrompue. La réforme ne modifie pas cet ordre, mais offre une soupape de sécurité en autorisant le rattachement de branches collatérales.

L’opposition de la première ministre et le soutien populaire à une impératrice

La première ministre Sanae Takaichi, première femme à occuper ce poste au Japon, a soutenu le maintien de la règle excluant les femmes. Elle estime, avec d’autres responsables conservateurs, que la transmission par les hommes seuls fonde « l’autorité et la légitimité » de l’empereur. Ce point de vue fait débat, alors même que plusieurs enquêtes d’opinion indiquent une large adhésion de la population à l’idée d’une impératrice. Un sondage réalisé en juin par un quotidien national auprès de plus de deux mille personnes a montré que plus de 70 % des répondants se déclaraient favorables à une femme sur le trône. Une autre enquête menée par une agence de presse a même placé ce taux à 83 %.

Une réforme jugée insuffisante par des experts

Certains spécialistes de la monarchie japonaise jugent la réforme timide et risquée. Hideya Kawanishi, professeur à l’université de Nagoya, estime que la loi constitue « une déclaration pour empêcher les femmes monarques et défendre la lignée masculine à tout prix », ajoutant que ses partisans ne peuvent invoquer ouvertement des motifs relevant du « machisme » et préfèrent parler de tradition. Il craint que la solution adoptée ne fasse que reporter le problème, tout en ignorant l’adhésion populaire en faveur d’un changement plus profond.

Une révision sans précédent depuis 1947

La loi sur la maison impériale n’avait pas connu de modification d’une telle ampleur depuis 1947, date à laquelle elle avait été réécrite après la guerre. Le texte de 1947 avait déjà réduit la famille impériale en excluant les branches collatérales, ce qui a contribué à sa contraction démographique. Aujourd’hui, sur seize adultes que compte la famille, seuls cinq sont des hommes. La nouvelle loi rétablit la possibilité de réintégrer certains de ces descendants, sans toutefois ouvrir la succession aux femmes.

Prochaines étapes

Le texte doit encore franchir les dernières formalités juridiques avant d’entrer en vigueur. Le gouvernement n’a pas annoncé de calendrier précis pour la mise en œuvre des adoptions. La question d’une révision plus large, incluant la possibilité d’une impératrice, reste pour l’instant écartée du débat parlementaire.