Le gouvernement japonais a officialisé une hausse spectaculaire des frais de visa touristique, une première en près d'un demi-siècle. À compter de juillet, les ressortissants de plus d'une centaine de pays, parmi lesquels la Chine, l'Inde et le Vietnam, verront le coût d'un visa à entrée unique passer d'environ 18 dollars à 93 dollars. Celui d'un visa à entrées multiples bondit de 37 à 186 dollars, soit une multiplication par cinq dans les deux cas.

Une annonce motivée par l'inflation et les changes

Le ministre des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a présenté cette révision lors d'une conférence de presse tenue vendredi. Il a justifié la mesure par l'absence de tout ajustement depuis 1978, évoquant à la fois l'inflation et l'évolution des taux de change. Ces arguments officiels visent à rattraper plus de quatre décennies de statu quo.

Des exemptions notables

Les touristes originaires des États-Unis et d'environ soixante-dix autres pays ne sont pas concernés, grâce à des accords d'exemption de visa. Pour ces voyageurs, l'entrée reste gratuite pour l'instant. Toutefois, Tokyo prévoit de déployer en 2028 un système électronique baptisé « Jesta » destiné à ces voyageurs exemptés ; son tarif n'a pas encore été fixé.

Une recette affectée aux passeports japonais

Selon le Parti libéral-démocrate au pouvoir, dirigé par la Première ministre Sanae Takaichi, les revenus tirés de cette augmentation serviront à subventionner la délivrance des passeports pour les nationaux japonais, qui bénéficieront d'une réduction d'environ 43 dollars sur le prix de ce document.

Une politique migratoire de plus en plus stricte

Cette hausse s'inscrit dans une ligne dure impulsée par Mme Takaichi, confortée par sa large victoire aux élections anticipées de février. Son parti estime que des étrangers abusent des visas touristiques pour séjourner indéfiniment au Japon, un pays traditionnellement méfiant à l'égard de l'immigration. Les étrangers ne représentent qu'environ 3 % de la population, mais le nombre de résidents permanents, d'étudiants et de travailleurs qualifiés ou non augmente régulièrement depuis 2021, d'après l'Agence des services d'immigration.

Des critiques du côté des juristes

Yoichi Kinoshita, ancien fonctionnaire du Bureau de l'immigration devenu conseiller dans une agence d'aide aux visas, estime que l'administration Takaichi a déplacé son attention de la lutte contre l'immigration illégale vers le ciblage des résidents légaux. « Cette attitude dure envers les étrangers trouve un écho auprès des conservateurs », a-t-il déclaré.

Les associations de défense des droits des immigrés ainsi que les barreaux de Tokyo et d'Osaka – deux des plus grands ordres d'avocats du pays – se sont élevés contre cette décision. Le barreau de Tokyo a publié en mai une déclaration fustigeant « le durcissement des politiques gouvernementales envers les étrangers », citant notamment la facilitation des procédures de révocation du statut de résident permanent, et qualifiant l'augmentation des frais de « fardeau soudain et excessif pour les ressortissants étrangers ».

Un précédent dans la restauration

Un autre exemple récent de cette rigueur migratoire est un changement de réglementation qui a contraint de nombreux propriétaires de petits restaurants étrangers – spécialisés dans le curry, le riz frit et les nouilles – à fermer leurs établissements installés dans tout l'archipel.

Projet de hausse des frais de résidence permanente

En mars, le cabinet de Mme Takaichi a proposé un amendement à la loi sur l'immigration visant à augmenter les droits de délivrance des permis de séjour. Les demandeurs de résidence permanente devraient alors acquitter jusqu'à 300 000 yens, soit plus de 1 800 dollars, contre environ 60 dollars actuellement. L'Agence de l'immigration avait alors indiqué que ces recettes financerait notamment des cours de langue japonaise destinés aux étrangers.