Le Japon accélère sa stratégie dans l'intelligence artificielle appliquée à la robotique. Le ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie a annoncé un investissement public sans précédent de 1000 milliards de yens, soit environ 6,14 milliards de dollars, destiné au consortium Noetra, une alliance d'entreprises visant à créer des modèles d'IA souverains pour piloter des robots physiques.

Cet effort s'inscrit dans une vision plus large : le ministre Ryosei Akazawa a dévoilé un plan national visant à déployer « environ 10 millions de robots » d'ici à 2040 dans 18 secteurs, allant de l'hôtellerie-restauration à la santé en passant par l'industrie agroalimentaire. L'ambition est de rattraper le retard accumulé face à la Chine et aux États-Unis dans le domaine de l'IA équipant les machines.

Noetra, un consortium de géants technologiques

Neuf entreprises composent actuellement le consortium Noetra, parmi lesquelles SoftBank, Sony, Honda et NEC détiennent une participation majoritaire, selon des informations rapportées par la presse japonaise. Fujitsu et le groupe de services internet Rakuten envisagent de rejoindre l'alliance, tandis que la start-up d'IA Preferred Networks et l'institut public de recherche AIST participent également au projet, en collaboration avec des laboratoires japonais et étrangers. Le consortium pourrait à terme rassembler jusqu'à 44 sociétés issues de secteurs variés : automobile, électronique, finance, logistique, etc.

Noetra a répondu à un appel d'offres lancé par un organisme de R&D du ministère de l'Industrie. Cette réponse lui a ouvert la voie à un financement public sur cinq ans comprenant une subvention initiale de 387,3 milliards de yens (2,37 milliards de dollars) pour l'exercice 2026. Les fonds doivent permettre le développement de modèles de fondation multimodaux, capables de contrôler plusieurs types de robots, de la conduite autonome aux manipulateurs industriels.

Un premier modèle attendu cette année

Le consortium prévoit de publier une première version de son modèle d'IA dès cette année, puis d'en proposer une amélioration annuelle jusqu'en 2031, en s'appuyant sur les données collectées par les différentes entreprises membres. Les détails techniques sur l'architecture des modèles restent limités, mais le caractère « souverain » est mis en avant : il s'agit de garantir l'indépendance technologique du Japon face aux géants américains et chinois de l'IA.

Un plan de déploiement massif

Au-delà du financement de Noetra, le gouvernement a dévoilé une stratégie nationale globale pour la robotique et l'IA. Celle-ci fixe l'objectif de déployer 10 millions de robots d'ici à 2040, une multiplication par dix du parc actuel estimé à environ un million d'unités. Les domaines prioritaires incluent les services, la logistique, l'agriculture, la construction et les soins aux personnes âgées. Le ministre Akazawa a souligné que ces robots devront être « intelligents », c'est-à-dire capables de s'adapter à leur environnement grâce à l'IA embarquée.

L'initiative Noetra est perçue comme un levier central de cette ambition. En mutualisant les efforts de recherche et développement, le Japon espère créer un écosystème d'IA physique compétitif, tout en garantissant la maîtrise des données et des technologies critiques. Le consortium devrait également bénéficier de synergies avec d'autres programmes gouvernementaux liés à l'IA et à la robotique.

Un enjeu de souveraineté économique

Le Japon, deuxième marché mondial pour la robotique industrielle, voit dans cette initiative un moyen de préserver sa compétitivité. La dépendance actuelle à l'égard des modèles d'IA développés à l'étranger, notamment ceux des grandes plateformes américaines, est jugée risquée pour des applications sensibles. En développant ses propres modèles de fondation, Tokyo entend aussi stimuler l'innovation dans l'ensemble de son tissu industriel, des constructeurs automobiles aux fabricants d'équipements électroniques.

L'ampleur du financement public, rare dans le secteur de la robotique, témoigne de la priorité accordée à ce dossier. Le gouvernement table sur un effet d'entraînement : les entreprises membres du consortium devraient investir des montants équivalents, portant l'effort total bien au-delà des 6,14 milliards de dollars publics. Le succès de Noetra sera scruté de près, alors que la compétition mondiale pour l'IA physique s'intensifie.