Près de quatre ans après les explosions qui ont endommagé les gazoducs Nord Stream 1 et 2 en mer Baltique, l'enquête judiciaire allemande franchit une étape décisive. Le parquet fédéral allemand a annoncé, jeudi 2 juillet 2026, avoir inculpé un citoyen ukrainien pour « crime de guerre consistant en une attaque contre des infrastructures civiles », tout en accusant directement les autorités ukrainiennes d'avoir commandité cette opération de sabotage spectaculaire.

Le suspect, identifié sous le nom de Serguiï Kuznietsov, est poursuivi pour plusieurs chefs d'accusation, notamment « avoir causé une explosion à l'aide d'explosifs », destruction d'ouvrage et « perturbation d'installations publiques ». Selon le parquet, ce militaire ukrainien « et d'autres militaires ont élaboré, à la demande des autorités ukrainiennes, un plan visant à détruire les gazoducs Nord Stream 1 et Nord Stream 2 ». Cette annonce marque une escalade dans l'enquête allemande, qui s'intéressait depuis l'été 2024 à un commando ukrainien composé d'une demi-douzaine d'individus.

Des explosions toujours mystérieuses

Les faits remontent à septembre 2022, quelques mois après le déclenchement de l'invasion russe en Ukraine. Plusieurs explosions sous-marines avaient endommagé les gazoducs germano-russes Nord Stream 1 et Nord Stream 2, qui relient la Russie à l'Allemagne sous les eaux de la mer Baltique. Si Nord Stream 2 n'était pas encore en service à l'époque, Nord Stream 1 constituait l'une des principales voies d'approvisionnement en gaz naturel de l'Allemagne et, par extension, de plusieurs autres pays européens.

Ces infrastructures avaient été au cœur de vives tensions géopolitiques. Voulus par Moscou et l'ancienne chancelière allemande Angela Merkel, les gazoducs étaient devenus un symbole de la dépendance énergétique européenne et de ce que certains analystes ont qualifié de « plus gigantesque erreur stratégique du XXIe siècle ». Leur sabotage a provoqué des fuites massives de gaz et une crise énergétique en Europe.

Kiev dément, Moscou réclame des comptes

L'Ukraine a toujours nié toute implication dans le sabotage des gazoducs. Elle n'a toutefois jamais caché sa satisfaction face à cette attaque, estimant légitime toute action susceptible d'affaiblir la capacité de la Russie à financer sa guerre. Les autorités ukrainiennes n'ont pas encore réagi officiellement à cette nouvelle mise en cause par la justice allemande.

De son côté, la Russie a nié depuis le début toute participation à ces explosions et réclamait que l'enquête allemande identifie les « commanditaires » de l'attaque. Moscou devrait accueillir avec satisfaction cette accusation portée contre Kiev, même si elle pourrait également tenter d'en tirer un avantage politique.

Une qualification de « crime de guerre » inédite

La qualification retenue par le parquet allemand est particulièrement grave : il s'agit d'un « crime de guerre » au motif que l'attaque visait des infrastructures civiles. Cette qualification souligne l'importance symbolique et juridique que l'Allemagne accorde à cette affaire. La destruction d'infrastructures énergétiques civiles en temps de conflit est interdite par le droit international humanitaire.

L'inculpation de Serguiï Kuznietsov intervient alors que la guerre en Ukraine se poursuit et que les tensions entre l'Europe et la Russie restent vives. L'enquête allemande, menée en coordination avec d'autres autorités européennes, pourrait encore révéler d'autres détails sur les auteurs et les commanditaires de l'opération.

Les conséquences judiciaires de cette affaire restent à déterminer. Le suspect, dont la localisation précise n'a pas été communiquée, pourrait faire l'objet d'une demande d'extradition ou être jugé par contumace. Cette affaire pourrait également avoir des répercussions diplomatiques entre l'Allemagne et l'Ukraine, deux alliés dans le conflit contre la Russie.