Le feuilleton judiciaire autour du plus grand tracker torrent francophone connaît un nouveau chapitre spectaculaire. La Gendarmerie nationale a officialisé ce 2 juillet 2026 l’interpellation de douze individus, à l’issue d’une enquête menée par le Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (CyberGEND). Les forces de l’ordre indiquent avoir saisi des crypto-actifs ainsi que du matériel informatique d’une valeur de 45 000 euros. Le préjudice global pour les ayants droit est estimé à plusieurs dizaines de millions d’euros.

Un site déjà tombé en mars, victime d’un de ses propres utilisateurs

L’opération judiciaire intervient près de quatre mois après la chute spectaculaire de la plateforme YggTorrent. Dans la nuit du 3 mars 2026, un hacker – qui s’est avéré être un utilisateur du site – avait réussi à prendre le contrôle de l’infrastructure et à la réduire à néant, provoquant une interruption totale du service. Ce piratage avait été revendiqué sur des forums spécialisés comme une attaque menée de l’intérieur. Pendant plusieurs semaines, la plateforme était restée inaccessible, laissant des millions d’utilisateurs sans accès à l’un des plus grands catalogues de fichiers torrent en langue française.

Un démantèlement répressif mené par le CyberGEND

L’enquête ouverte après cet incident a permis aux enquêteurs de remonter jusqu’aux administrateurs et aux principaux contributeurs du réseau. Les douze personnes interpellées, dont les identités n’ont pas été divulguées, sont soupçonnées d’avoir organisé et fait fonctionner le site pendant des années, malgré les multiples tentatives de blocage par les fournisseurs d’accès. Les gendarmes du CyberGEND ont mis en avant la coopération avec les ayants droit, dont les pertes cumulées atteignent plusieurs dizaines de millions d’euros du fait du téléchargement illégal facilité par YggTorrent.

Saisies et perspectives judiciaires

Outre les crypto-actifs, les enquêteurs ont confisqué 45 000 euros de matériel informatique – serveurs, disques durs, équipements réseau – qui servaient vraisemblablement à l’hébergement et à l’administration du tracker. Les douze suspects ont été placés en garde à vue et devraient être présentés à un magistrat dans les prochains jours. Les charges possibles couvrent la contrefaçon, la mise à disposition d’œuvres protégées sans autorisation, et l’association de malfaiteurs en bande organisée. Les investigations se poursuivent pour identifier d’éventuels complices et déterminer le montant exact des profits tirés de l’activité illicite.

Un symbole fort pour la lutte contre le piratage

YggTorrent, qui a fédéré jusqu’à plusieurs millions d’utilisateurs réguliers, était devenu la cible prioritaire des ayants droit français depuis la fermeture de T411 en 2017. Malgré des années de blocages DNS imposés par l’Arcom, le site avait réussi à maintenir son activité grâce à des redirections techniques et à un réseau d’utilisateurs fidèles. Le dénouement judiciaire de ce dossier marque une avancée significative dans la répression du piratage en France, même si la rapidité avec laquelle de nouvelles plateformes émergent interroge sur l’efficacité à long terme de ce type d’opérations.

Une affaire qui pourrait inspirer d’autres enquêtes

Les méthodes employées par le CyberGEND – exploitation du piratage initial pour infiltrer le réseau, traçage des flux financiers et saisie de crypto-actifs – pourraient faire école. La Gendarmerie nationale dispose désormais d’une expérience opérationnelle précieuse dans le démantèlement de structures de partage illégal. Les douze interpellations de juillet 2026 constituent le coup le plus lourd porté contre un tracker francophone depuis l’affaire T411.