La place financière sud-coréenne a connu une nouvelle séance noire. L'indice Kospi a dévissé d'environ 9 % à la clôture, plombé par les lourdes pertes des deux plus grandes capitalisations du pays, Samsung Electronics et SK Hynix. Ce mouvement brutal étend le recul de l'indice à plus de 20 % par rapport à son pic récent, le faisant entrer dans ce que les analystes appellent un marché baissier. L'ampleur de la chute reflète un pessimisme croissant quant à la capacité des investissements massifs dans l'intelligence artificielle à générer des rendements à la hauteur des attentes.
Les fleurons de la tech coréenne en première ligne
Samsung Electronics, le premier fabricant mondial de puces mémoire, a vu son titre s'effondrer, tandis que SK Hynix, fournisseur clé de Nvidia, a enregistré une chute encore plus spectaculaire, de près de 10 %. Ces deux sociétés sont au cœur de la chaîne d'approvisionnement de l'IA et leur valorisation dépend directement des perspectives de ce secteur. Les investisseurs sanctionnent l'incapacité des entreprises à démontrer un retour sur investissement rapide pour les infrastructures d'IA, alors que les dépenses en capital continuent de grimper.
Cette déroute ne se limite pas à la Corée. Les valeurs des semi-conducteurs à travers le monde subissent une pression similaire. Un indice mondial des puces a basculé en territoire baissier, effaçant les gains exceptionnels accumulés lors de la précédente frénésie haussière, où le secteur avait bondi de 105 %. Le mouvement est amplifié par des résultats jugés décevants du géant taïwanais TSMC, qui n'ont pas réussi à rassurer les marchés sur la pérennité de la demande.
L'onde de choc s'étend de Séoul à Wall Street
L'onde de choc partie de la Corée du Sud s'est propagée à l'ensemble des places financières mondiales. À Tokyo, l'indice Nikkei a également lourdement chuté, les investisseurs redoutant un ralentissement du secteur technologique. En Europe et aux États-Unis, les contrats à terme sur les principaux indices ont basculé dans le rouge, signalant une ouverture attendue dans le même sillage baissier. La vente massive touche particulièrement les acteurs de la mémoire et de la conception de puces, secteur considéré comme le baromètre de la santé de l'IA.
Au cœur des préoccupations : la rentabilité de l'intelligence artificielle. Après des mois d'optimisme débridé, la question se pose désormais avec acuité. Les investisseurs s'interrogent sur la capacité des modèles d'IA générative, qui nécessitent des puces toujours plus puissantes, à générer des revenus suffisants pour justifier les milliards de dollars dépensés. Cette incertitude provoque un vaste mouvement de rotation sectorielle, les capitaux se détournant des valeurs technologiques surévaluées vers des secteurs considérés comme plus défensifs.
Un marché émergent sous pression
Les marchés émergents, dont la Corée est un poids lourd, subissent de plein fouet cette correction. L'indice MSCI des marchés émergents a chuté, entraîné par la débâcle des valeurs technologiques asiatiques. La situation est d'autant plus tendue que des inquiétudes réglementaires, notamment en Corée du Sud, viennent s'ajouter aux craintes fondamentales sur l'IA. Ces facteurs conjugués exacerbent la volatilité et poussent les investisseurs à réduire leur exposition aux actifs les plus risqués.
Alors que la séance se poursuivait, les regards se tournaient vers les prochaines publications de résultats et les annonces des grandes entreprises technologiques. Les marchés attendent des signaux clairs sur la demande réelle de puces et sur la stratégie des groupes pour monétiser leurs investissements dans l'IA. En attendant, la prudence reste de mise, et le seuil psychologique des 20 % de perte pour le Kospi pourrait n'être qu'une étape dans une correction plus large.