Le traditionnel défilé en faveur d’Israël, qui se déroule chaque année à New York, s’est tenu dimanche sans la présence du maire de la ville, Zohran Mamdani. Ce dernier a confirmé qu’il ne participerait pas à l’événement, conformément à ses positions exprimées durant sa campagne électorale, marquant une rupture avec une habitude politique observée depuis plusieurs décennies.
Une décision politique assumée
Lors d’une conférence de presse consacrée aux préparatifs sécuritaires, le maire a rappelé son opposition à la politique menée par le gouvernement israélien. « J’ai dit pendant ma campagne que je n’assisterais pas au défilé, et j’ai exprimé très clairement mes opinions sur le gouvernement israélien », a-t-il déclaré. M. Mamdani a également précisé que la commissaire de police, Jessica Tisch, représenterait son administration lors de la marche et que le dispositif de sécurité serait renforcé comme jamais auparavant. « En tant que maire de cette ville, je prends très au sérieux ma responsabilité de protéger la sécurité et le bien-être de chaque New-Yorkais et de chaque événement, indépendamment de ma présence », a-t-il ajouté.
Mme Tisch, qui est juive et se présente comme une partisane de longue date d’Israël, a qualifié le défilé de « l’un des jours les plus joyeux de l’année ». Elle a commenté l’absence du maire en ces termes : « C’est la décision du maire de ne pas défiler, et c’est ma décision de défiler fièrement. »
Un contexte de défiance croissante
L’édition de cette année intervient dans un climat de détérioration de l’opinion publique américaine à l’égard d’Israël. Selon une enquête du Pew Research Center, 60 % des Américains, et 80 % des démocrates et des indépendants proches du Parti démocrate, expriment désormais une opinion négative de l’État hébreu. Cette évolution est alimentée par les conclusions d’une commission des Nations unies et de plusieurs organisations de défense des droits humains, qui accusent Israël de commettre un génocide à Gaza. Le gouvernement israélien rejette fermement ces allégations, tout comme une partie de ses soutiens aux États-Unis.
Le défilé se tient également dans un contexte de montée de l’antisémitisme à travers le pays, ce qui a conduit la ville à mettre en place son plan de sécurité le plus étendu jamais déployé pour l’événement. Un important dispositif policier, incluant des agents en civil, des points de contrôle et des fermetures de routes, a été déployé le long du parcours, qui s’étend de la 74e à la 62e Rue sur la Cinquième Avenue. Aucun rassemblement n’était autorisé du côté ouest de la voie, adjacent à Central Park, afin de canaliser les spectateurs vers des points d’entrée désignés.
Réactions partagées au sein de la classe politique
Le maire, premier édile musulman de New York, est connu pour ses positions pro-palestiniennes. Il a accusé Israël de génocide à Gaza et de violations systématiques des droits des Palestiniens. Son administration a récemment diffusé une vidéo commémorant la Nakba. Il a toutefois condamné l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, la qualifiant de « crime de guerre horrible », et réaffirmé son engagement en faveur de l’égalité des droits pour les Israéliens et les Palestiniens.
La décision de M. Mamdani a suscité des critiques de la part de responsables israéliens. L’ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, Danny Danon, lui a reproché de tourner le dos à des dizaines de milliers de Juifs et de partisans d’Israël. L’ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett a qualifié ce boycott de « lâche », affirmant que cette absence « envoie un message ».
D’autres élus locaux ont également choisi de ne pas participer au défilé, à l’image de plusieurs candidats proches des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), organisation dont M. Mamdani est membre. Brad Lander, un élu juif critique d’Israël et allié du maire, a plutôt fait du porte-à-porte avec un groupe juif progressiste. Le représentant Ritchie Torres, pourtant une voix pro-israélienne marquée au Congrès, était également absent pour la deuxième année consécutive en raison d’un conflit d’emploi du temps.
Plusieurs groupes progressistes, comme Jews for Racial and Economic Justice et la section new-yorkaise de Standing Together, n’ont pas pris part à la manifestation. En revanche, la gouverneure Kathy Hochul et des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues de Manhattan, brandissant des drapeaux israéliens et des ballons bleus et blancs.
Le thème retenu pour cette édition était « Fiers Américains, fiers sionistes ». Mark Treyger, directeur exécutif du Conseil des relations avec la communauté juive de New York, qui organise le défilé, a refusé de commenter l’absence du maire, se concentrant sur les participants présents.