De nouvelles procédures judiciaires contre la presse

La direction du New York Times a saisi la justice fédérale mercredi 15 juillet pour tenter de bloquer les assignations lancées par l’administration Trump contre plusieurs de ses journalistes. Ces citations à comparaître, délivrées vendredi soir par des agents fédéraux directement au domicile des reporters, les obligent à témoigner devant un grand jury à Manhattan sur l’identité de leurs sources.

L’affaire trouve son origine dans une série d’articles publiés par le journal, révélant que le président Donald Trump avait utilisé un avion différent pour quitter la Turquie après le sommet de l’OTAN, en raison de préoccupations sécuritaires liées au nouvel appareil. Ce Boeing 747-8, offert par le Qatar et réaménagé par l’armée américaine, ne disposerait pas de certains équipements de protection, notamment de systèmes antimissiles présents sur l’ancien Air Force One. Les reporters s’appuyaient sur des sources anonymes au sein des services de sécurité.

Une motion qualifiée d’« abusive »

Dans un communiqué, David McCraw, le principal avocat de la rédaction, a qualifié les assignations d’« abusives et inappropriées », estimant qu’elles avaient été « engagées de mauvaise foi pour punir le Times pour sa couverture ». Il a ajouté qu’elles « violent les droits constitutionnels du journal et de ses journalistes ». La motion a été déposée sous scellés, mais le quotidien a indiqué qu’il demanderait la levée du secret pour informer le public.

Le ministère de la Justice, par la voix de sa porte-parole Emily Covington, a rappelé que la presse joue un « rôle important » mais que le département a aussi « un rôle important pour s’assurer que les personnes qui ont accès aux secrets de la nation fassent ce qu’elles doivent faire avec ces informations ».

Auditions au Sénat

Parallèlement, des sénateurs démocrates ont interrogé mercredi les hauts responsables du ministère de la Justice lors d’auditions distinctes. Le procureur général par intérim, Todd Blanche – nommé par Trump pour diriger le département –, a reconnu avoir autorisé les citations à comparaître. Interrogé par le sénateur Peter Welch, il a déclaré : « Nous ne ciblons pas les reporters – ce sont des témoins matériels. Comme un reporter serait un témoin matériel d’un accident de voiture. »

Le procureur fédéral de Manhattan, Jay Clayton, également auditionné, a dû répondre aux mêmes critiques. Clayton est par ailleurs candidat au poste de directeur du renseignement national.

La rédaction dénonce une intimidation

Joe Kahn, directeur de la rédaction du New York Times, a qualifié les assignations de « tentative flagrante d’intimidation » dans une vidéo diffusée par le journal. Il a souligné que le choix du président d’utiliser un avion moins bien équipé que d’autres appareils à sa disposition était « clairement quelque chose que le public devrait savoir », d’autant que l’appareil transporte non seulement le chef de l’État mais aussi des centaines d’autres responsables et des journalistes.

La Maison-Blanche avait auparavant demandé au directeur du FBI, Kash Patel, de superviser une enquête pour fuites après la publication des articles. L’affaire suscite des inquiétudes parmi les défenseurs de la liberté de la presse, qui y voient une nouvelle étape dans les efforts de l’administration pour restreindre le travail des médias indépendants.

Un contexte de tensions persistantes

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a multiplié les actions en justice contre des organes de presse, dont une plainte de 10 milliards de dollars contre la BBC. Les assignations du New York Times interviennent alors que le président avait, lors de son premier mandat, qualifié régulièrement les médias d’« ennemis du peuple ».